En s’adressant directement, et intimement, à Hélène Hazera, la cinéaste Judith Abitbol réalise le portrait d’une figure importante des contre-cultures de la fin des années 60-90, en France. Membre des Gazolines, membre du F.H.A.R. (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire), activiste LGBTQ infatigable, Hélène Hazera a créé la commission Trans et SIDA au sein d’Act Up, une de ses grandes fiertés. Sa vraie revanche sur une vie qui a démarré dans des années où le désir et la nécessité de changer de genre n’avaient rien d’évident, fut de devenir la première journaliste transgenre d’un grand quotidien national, Libération, productrice à Radio France et à France TV.
Hélène trésore transnationale
France, 2025
De Judith Abitbol
Durée : 1h34
Sortie : 01/04/2026
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MÉMOIRE VIVE
Les brèches qui s’ouvrent et la lutte qui continue : voilà ce qui se dessine au cours du documentaire Hélène trésore transnationale, dans lequel Judith Abitbol fait le portrait d’Hélène Hazora, précieuse militante trans et infatigable passeuse culturelle. Figure du Fhar (le Front homosexuel d’action révolutionnaire) puis des Gazolines, Hélène Hazora s’est également illustrée comme journaliste à Libération. Abitbol s’entretient avec elle de manière assez simple dans ce documentaire à la forme brute. On y parle de sujets sérieux, on commente d’anciens albums photos, mais on y nettoie aussi ses petites culottes – ça n’empêche pas de méditer.
Hélène Hazora parle et sa liberté de ton a quelque chose de magnétique : la caméra n’a généralement besoin que de se pointer vers elle pour qu’on l’écoute attentivement. Dans un bordel parfois insondable qui semble illustrer tout ce qui a pu s’amasser dans sa vie – ou ses différentes vies –, Hazora évoque « le combat pour la liberté [qui] est un combat de tous et c’est un combat permanent ». Un combat tout terrain, dans la rue, sur papier ou même sur Facebook : le film ne fait pas vraiment de hiérarchie dans ce patchwork qui ne cherche pas à composer un bilan exhaustif de la vie et l’œuvre d’Hélène Hazora.
La parole impertinente d’Hazora est très rafraichissante – notamment lorsqu’elle avoue, avec raison et dans un grand éclat de rires, avoir envie de « défoncer la gueule » des gens aux regards plein de commisération à son égard. Le film aborde l’importance (« l’urgence ») de récupérer la mémoire collective des personnes trans et va même plus loin : la septuagénaire cite en effet une connaissance à elle qui lui a confié : « on n’arrête pas de se servir d’archives, mais il faut créer des archives ». C’est la valeur de ce film attachant, centré d’une part sur la mémoire queer qu’Hazora nous transmet, mais qui constitue également un témoignage sur une voix qui compte.
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par Nicolas Bardot
