Sakai est le directeur adjoint d’une supérette, et ses jours de travail sont routiniers. Sans montrer la moindre émotion, il repousse les clients agaçants et suit les règles strictes que le propriétaire du magasin impose au personnel. Sakai commence de plus en plus à remettre en question son rôle dans le système.
AnyMart
Japon, 2026
De Yusuke Iwasaki
Durée : 1h28
Sortie : –
Note : ![]()
LE VRAI PRIX DES BONNES CHOSES
Avec ses blancs de poulet sous vide et son jingle musical qui tourne en boucle, le konbini du coin de la rue semble être un lieu aussi aseptisé qu’inoffensif. Mais à y regarder de plus près, le blanc de poulet a l’air dégueu, le jingle répété rend dingue et tout le monde paraît au bord de la crise de nerf. C’est, dans la même scène, un drame sur le monde du travail, une comédie grotesque et un film d’horreur. Soit une journée normale dans la plupart des bureaux du monde.
Le Japonais Yusuke Iwasaki a été révélé avec son stupéfiant court métrage Void, sélectionné à Rotterdam et qui figurait dans notre dossier des meilleurs courts de 2024. Mais si ce sont tous les deux des films d’horreur, AnyMart et Void sont les membres très éloignés d’une même famille. L’horreur hantée de Void était atmosphérique et aventureuse, celle de AnyMart est plus percutante et familière. Mais le premier long d’Iwasaki, dévoilé au Forum de la Berlinale, trouve néanmoins sa propre perspective avec sa peinture d’un monde du travail qui, trempé dans les normes sociales japonaises, est le terreau idéal pour aliéner tout le monde, clients comme employés.
Ainsi dans AnyMart, ce sont peut-être les sourires qui font le plus peur, et se révèlent aussi menaçants qu’un couteau brandi. Le sourire d’un vendeur en porte-à-porte ou celui d’un collègue sur le point de rupture – des individus dont le rictus trop tendu dissimule mal une tension monstrueuse. Lors du plan le plus saisissant du film, une personne mystérieuse débarque au konbini en portant un masque souriant et super cute, transformé dans ce contexte en masque de film d’horreur, et assure d’une voix inquiétante : « Je veux être moi-même ».
Que reste-t-il d’humain quand des individus doivent, dans la grande machine consumériste, obéir sans réfléchir ? Un protagoniste dans AnyMart ne fait plus vraiment la différence entre vivre et ne pas vivre. Le visage placide du très bon Shota Sometani (vu chez Kiyoshi Kurosawa, Takashi Miike ou Sono Sion) exprime à merveille cette entreprise tranquille de déshumanisation. La mise en scène épurée jusqu’à en manquer d’éclat présente aussi des avantages lorsqu’elle croque ce quotidien gris, sans spectacle, troué d’un coup par l’horreur la plus brutale.
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par Nicolas Bardot
