Berlinale | Critique : The Day She Returns

Après s’être mariée, elle a abandonné le métier d’actrice. Puis, après son divorce, elle y est retournée et a joué dans un film indépendant. Maintenant, le film est sur le point de sortir et elle donne des interviews pour le promouvoir.

The Day She Returns
Corée du sud, 2026
De Hong Sangsoo

Durée : 1h24

Sortie : –

Note :

UN FILM PARLÉ

Dans sa structure, dans ses prises de vue, The Day She Returns est certainement l’un des films les plus épurés de Hong Sangsoo. Comme d’habitude, la retenue et la soustraction chez le cinéaste finissent par ouvrir la porte du vertige et du trouble. Mais faut-il voir si loin ? L’héroïne du film, Bae Jeongsu, actrice, prévient : « On essaie de donner du sens aux choses les plus petites ». Il y a tellement d’interprétations à donner du monde que cela en devient une source d’anxiété. Dans The Day She Returns, Bae Jeongsu donne des interviews à des journalistes, l’une après l’autre. Cela ne ressemble jamais vraiment à des interviews, plutôt des discussions entre vagues connaissances. Parfois, c’est l’interviewée qui pose les questions. On essaie d’y examiner « les choses comme elles sont ».

Mais la communication verbale est toujours une épreuve. On l’avoue : « les journalistes ne savent pas s’exprimer à l’oral, il vaut mieux écrire ». L’actrice s’excuse (« Je pense que j’en ai trop dit », en n’ayant pas dit grand chose), revient sur ce qu’elle a dit de peur d’être incomprise. « Ce n’était rien », minimise t-on après s’être laissée aller à un moment de vulnérabilité. L’actrice et les différentes journalistes sont plongées dans le dispositif le plus nu, dans le décor le plus accueillant, mais de toute façon communiquer semble être une illusion. « Je ne sais pas trop ce que le film veut dire », confesse même une journaliste qui ne sait comment exprimer ses sentiments vis-à-vis de l’actrice et du long métrage pour lequel elle l’interviewe.

Ces blocs d’entretiens durent une vingtaine de minutes chacun. Filmée de manière identique, chaque rencontre a l’air d’être la même, chaque rencontre est différente. Cela pourrait être propice à une philosophie de comptoir, ce qu’évite Hong Sangsoo avec la grâce qu’on lui connaît. On tâtonne, on finit par picoler – « la vie est ennuyeuse, c’est si réconfortant de boire ». Est-ce l’ivresse qui donne une impression de déjà vu ? Lors d’un dernier segment qui brise l’unité, une mise en abyme vient troubler encore un peu plus ce qu’on a vu jusque-là. Cette partie nous semble néanmoins plus laborieuse, malgré le curieux sentiment d’angoisse qui en émane – avec son flou gris qui évoquerait presque un imaginaire de film d’horreur.

Au fil des interviews, Bae Jeongsu semble se déconstruire et se reconstruire. C’est la même femme, jamais complètement la même, et ce triptyque peut évoquer le souvenir du formidable Maria Schneider 1983 d’Elisabeth Subrin, dans lequel trois actrices rejouaient chacune la même interview. N’y a-t-il qu’une Bae Jeongsu, ou plusieurs selon les interlocutrices ? L’actrice se livre en même temps qu’elle se met en scène. « Que faites-vous de vos jours ? » lui demande t-on. « J’observe mon esprit au travail ».

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par Nicolas Bardot

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