Dans les Alpes du nord, Anne, Hélène et Suzanne se relaient pour garder un refuge. Au fil des saisons, des randonneurs, femmes et hommes viennent et repartent. Des histoires naissent et se défont les laissant chacune face au silence.
Forêt ivre
Belgique/France, 2026
De Manon Coubia
Durée : 1h42
Sortie : –
Note : ![]()
L’IVRESSE DES SOMMETS
Quel joli chalet, se dit-on en découvrant le lieu où s’apprête à se dérouler Forêt ivre. Le film ne tarde non pas à nous contredire, mais plutôt à préciser son désir de réel. Ici, on n’est pas dans un hôtel cosy mais dans un refuge, un lieu avant tout fonctionnel et modeste. Les voyageurs y sont les bienvenus, mais le confort est limité. Les femmes bénévoles veillant à son fonctionnement ont beau être aimables, elles ne sont pas à votre service et si vous n’avez pas chargé votre téléphone, « il fallait y penser avant ». Réaliste, Forêt ivre l’est à plus d’un titre. D’abord en documentant avec attention les faits et gestes nécessaire à l’entretien et la préparation de ce refuge, mais aussi tout simplement par sa manière de filmer le décor environnant. Ici la montagne n’est pas pomponnée pour une brochure touristique, elle est souvent plongée dans la pénombre et le film avec, nous laissant tout le plaisir d’être accompagné par le bruit du vent, de la pluie ou de la neige.
Mais Forêt ivre est-il un film si réaliste que ça ? Certes la réalisatrice française Manon Coubia s’est directement inspirée de ses dix années consécutives de travail de bénévole, mais on ne peut pas dire qu’elle compose ici un simple cinéma social. De la même manière que l’image laisse une place notable à la demi obscurité, le film dans son ensemble laisse une place précieuse au vide, à l’invisible, à commencer par le lien (si tant est qu’il existe) reliant les trois contes qui le composent. Il n’y a en effet qu’un lieu unique dans Forêt ivre, mais bel et bien trois récits distincts ayant chacun sa propre héroïne. Trois femmes venant travailler et accueillir les visiteurs de passage, à être traversées par leurs rencontres, leurs échanges, leurs chimères.
« Tu ne partiras jamais d’ici » annonce-t-on à l’une d’entre elles au moment où elle s’apprête pourtant à terminer sa saison. Loin d’être une menace, la phrase se veut avenante comme une invitation à revenir. Mais la précieuse douceur du regard de Manon Coubia n’est pas naïve et aux côté de la chaleur humaine qui traverse ce lieu de passage, la cinéaste dépeint aussi un étrange envers : l’envoûtante solitude qui s’empare des résidentes de ce châlet posé au bord du monde. Ces trois femmes ne sont ni des guides de montagne expertes ni des super héroïnes mais elles finissent par avoir l’air aussi mystérieuses et fiables à la fois que cette étonnante croix sculptée à même la montagne. A force d’étonnantes ellipses où le temps parait se figer ou disparaître, Forêt ivre finit par ressembler à un élégant film de fantômes, une oeuvre qui invite à la contemplation rare d’un monde invisible.
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par Gregory Coutaut
