Une gardienne de prison doit faire face à un passé qu’elle pensait avoir laissé derrière elle, à travers un lien qui pourrait la détruire ou la libérer.
Lust
Bulgarie, 2026
De Ralitza Petrova
Durée : 1h17
Sortie : –
Note : ![]()
L’ÉTREINTE DU SERPENT
10 ans, c’est le temps qu’il aura fallu attendre pour assister au retour de la cinéaste bulgare Ralitza Petrova, qui en 2016 remportait le Léopard d’or du Festival de Locarno avec son tout premier long métrage Godless. Lorsque démarre Lust, avec ses personnages anglophones et sa maison d’arrêt américaine, on se dit que Petrova a sans doute eu à cœur d’aller voir ailleurs, très loin de son pays natal dont Godless n’offrait pas un portrait tendre. Passée cette introduction trompeuse, la cinéaste et son héroïne retrouvent pourtant vite le chemin de Sofia et la différence ne saute précisément pas aux yeux. Avec ses tons bleus clairs et beiges maladifs, la Bulgarie de Lust ressemble à ce qui constitue une prison dans d’autres contrées. « Ici, c’est comme un film d’horreur », la prévient-on à peine débarquée.
Psychologue pour prisonniers, Lilian en a vu d’autres. On comprendrait volontiers qu’elle s’offusque de la situation ubuesque qui l’attend sur place (suite au décès de son père, un procès envers elle a eu lieu en son absence et à son insu), mais Lilian ne laisse jamais rien paraitre. N’essayez pas de l’avoir aux sentiments. Cadenassée au point d’avoir signé un pacte de chasteté, cette femme ne réagit pas plus aux tentatives d’arnaque ou de drague qu’à la découverte d’un serpent domestique dans l’appartement de son père. Si la force symbolique de cette bête-là vous a echappé, ne vous inquiétez pas, elle va vite revenir sur le devant de la scène. En effet, Lilian n’est pas de ces héroïnes qui se réconcilient avec elle-même ou son passé à coup de clichés sentimentaux. Non, cela passe plutôt par la pratique du bondage.
Pas de sentiments, pas de psychologie, un monde glauque et un rapport tordu à la sexualité. Comme dans Godless, Ralitza Petrova (qui cite Carlos Reygadas et Michel Franco comme sources d’inspiration) n’y va pas de main morte. Mais, à nouveau comme dans Godless, elle fait preuve de suffisamment de dextérité et de personnalité pour éviter les clichés du misérabilisme et amener le film vers un territoire à la fois plus vivant et singulier. Ces deux qualités sont d’ailleurs celles qu’on a envie d’attribuer au personnage de Leila, riche d’étonnantes facettes mises en valeur par l’interprétation tout en relief de Snejanka Mihaylova. De loin, Lust a l’air d’une froide auscultation, mais à l’image du voyage personnel de son héroïne, le film ne va pas là où l’attend, jusqu’à se muer en suspens grinçant donnant l’impression d’être sans cesse sur le point de craquer.
| Suivez Le Polyester sur Twitter, Facebook et Instagram ! |
par Gregory Coutaut
