Berlinale | Critique : Yo (Love is a Rebellious Bird)

Anna crée une petite réplique de la maison de son amie défunte Yo, à l’échelle 1/3, avec une marionnette de Yo à l’intérieur.

Yo (Love is a Rebellious Bird)
États-Unis, 2026
De Anna Fitch & Banker White

Durée : 1h18

Sortie : –

Note :

LES CLEFS DE LA MAISON

Une radio de la hanche : c’est par cette image que s’ouvre Yo (Love is a Rebellious Bird). Et plus précisément, une hanche déboîtée. Ces os de travers appartiennent à Yo, diminutif de Yolanda, née en 1924, qui dans ce plan est à la fois présente et absente. Exactement comme dans le long métrage documentaire co-réalisé par le duo américain Anna Fitch et Banker White : Yo (Love is a Rebellious Bird) lui est consacré, alors qu’elle est décédée il y a quelques années. Anna Fitch et Yolanda se sont rencontrées en 1997 et sont devenues amies, malgré leurs quasi cinquante ans de différence. Un écart qui peut sembler étonnant, mais qui est accueilli avec un tel naturel que ce non-sujet a quelque chose de très rafraîchissant.

A une échelle plus large, la vie entière de Yo a contourné les normes sociales là encore avec un naturel confondant. C’est ce que racontent Fitch et White, en faisant le portrait d’une femme à l’intransigeante liberté. Yo est dans son jeune âge prise pour une folle quand elle ose dire détester les bébés, Yo mue à 40 ans grâce au LSD, Yo expérimente et ne le fait même pas pour vous provoquer : elle suit son grisant chemin dans la vie, selon ses désirs. Dès que Yo ouvrait la bouche, on la prenait pour une dérangée ? Soit. Yolanda raconte cela nonchalamment dans son logis qui vu de l’extérieur ressemble à une adorable maisonnette de dessin animé.

Yo (Love is a Rebellious Bird) dépeint l’histoire hors normes de Yolanda, mais pas seulement. Lorsque celle-ci converse avec Anna Fitch, elle parle d’art thérapie pour décrire l’approche créative de la cinéaste. Elle ne croit pas si bien dire : après le décès de Yo, Fitch a reconstruit sa maison à l’identique, à l’échelle 1/3. Une maquette, mais une sacrée maquette, qui prend presque autant de place que le deuil vécu par la réalisatrice. Récemment, dans son film TheyDream présenté à Sundance, le cinéaste William David Caballero parlait de son utilisation de miniatures pour « enfin contrôler ce que je ne pouvais contrôler enfant ». Dans Yo (Love is a Rebellious Bird), il n’est pas tant question de contrôle à proprement parler que de continuer à communiquer, maintenir un lien, et « ouvrir un espace où notre relation pourrait se poursuivre ».

Ce qui se poursuit petit à petit, c’est le travail de deuil de la cinéaste. Projections, scrapbooking, collages, vitraux, films de Noël, beaucoup de supports différents servent à raconter et se souvenir. Et une poupée à l’effigie de Yo donc, une poupée réaliste qui trimballe malgré elle une forme de mélancolie à la Anomalisa. C’est une marionnette que Fitch peut saisir dans la maison, elle qui selon ses propres dires n’était pas prête à dire au revoir. Sa création vient en partie panser ses plaies ; Fitch reproduit l’intérieur du logement de Yo mais apporte aussi ce que cette dernière aurait aimé, et autour de ce véritable décor de cinéma il y a comme des rails pour y faire des travellings. Entomologiste de formation, Anna Fitch n’examine pourtant pas Yolanda comme un insecte. Il y a ici énormément de cœur, et une simplicité touchante car le film ne repose pas particulièrement sur des grands événements ou une révélation spectaculaire. C’est une exploration intime au point de vue original, où la création artistique vient investir avec sensibilité ce qui nous lie.

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par Nicolas Bardot

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