Berlinale | Critique : Wolfram

Dans les années 1930, trois enfants échappent à leurs cruels maîtres blancs et se lancent dans un voyage à l’Australie pour tenter de trouver un foyer sûr.

Wolfram
Australie, 2026
De Warwick Thornton

Durée : 1h42

Sortie : –

Note :

SEULS SUR LE SABLE

Révélé en 2009 avec sa Caméra d’or reçue pour Samson & Delilah, l’Australien Warwick Thornton s’est depuis distingué entre autres avec le drame historique Sweet Country, primé notamment à la Mostra de Venise et Toronto. Wolfram, son nouveau long métrage en compétition à la Berlinale, se déroule quelques années après Sweet Country, dans le même univers – mais il n’est pas nécessaire d’avoir vu l’un pour comprendre l’autre. Wolfram est d’ailleurs composé de figures suffisamment familières pour être accessible à un large public : le long métrage emprunte au western et au film d’aventures en général.

La mise en place du film est assez axée sur l’ego masculin : c’est un récit de conquête, avec ses figures paternelles ou ses méchants qui roulent des mécaniques pour se faire respecter. Voilà probablement la partie aux motifs les plus figés – et ces stéréotypes sont déjoués petit à petit, même si ce n’est pas toujours avec une grande finesse. Wolfram fonctionne grâce à son savoir-faire narratif dans ce désert aussi inhospitalier que cinégénique. Également directeur de la photographie, Warwick Thornton accomplit un solide travail formel avec ce monde monochrome aux dégradés subtils, où les personnages sont comme avalés par le jaune ocre tout autour. Cela participe à la tension relativement efficace de ce survival calme.

L’identité aborigène est au cœur de l’œuvre de Warwick Thornton et c’est même ici l’Histoire multiculturelle de l’Australie qui est abordée. Aux personnages aborigènes s’ajoutent des protagonistes d’Asie de l’est, confrontés aux colons blancs et à leur brutalité. L’argument du soi-disant self-defence mis en avant par ces derniers pour justifier des crimes racistes trouve un écho évidemment contemporain dans ce monde violent, perpétuellement prisonnier d’un nuage de mouches, tandis que des ossements traînent au sol comme de lugubres témoins. Dans son singulier documentaire The Darkside, présenté à la Berlinale en 2014, Warwick Thornton mettait en avant 13 histoires surnaturelles, en lien avec l’Histoire ou l’identité aborigène. Comme des mauvais rêves pourtant bien réels. Il y a un peu plus de réconfort dans Wolfram, et parfois des facilités, mais que ces archétypes soient narrés par un cinéaste aborigène (et donc premier concerné) apporte une dimension supplémentaire au long métrage.

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par Nicolas Bardot

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