Berlinale | Critique : Turgaud

Un homme secret arrive à l’aéroport, il a un entretien d’embauche avec le chef d’un syndicat criminel. Il décide de protéger le gangster contre la menace d’une mystérieuse femme et de son enfant qui veulent sa mort. La violence est inévitable, mais elle se manifeste de manière énigmatique.

Turgaud
Kazakhstan, 2026
D’Adilkhan Yerzhanov

Durée : 2h03

Sortie : –

Note :

UN MONDE DE BRUTES

Sélectionné l’an passé à la Berlinale, le brillant et hanté Cadet (primé tout récemment à Gérardmer) est un film d’horreur qui ne se trouve pas tellement à cheval sur plusieurs genres – alors que le mélange de genres constitue habituellement un élément distinctif du cinéma d’Adilkhan Yerzhanov. Le cinéaste kazakhstanais a depuis eu le temps de tourner trois films : Mavr, Kazakh Scary Tales et ce Turgaud, présenté en première mondiale à la Semaine de la Critique dans le cadre de la Berlinale. Turgaud revient au mix de tonalités cher au cœur du cinéaste, soit un film d’action aux motifs de western et avec des touches de comédie. Le tout, évidemment sous ses cieux signature et spectaculaires.

Le personnage principal de Turgaud est, pour citer le titre d’un précédent film de Yerzhanov, un dark, dark man. Une brute qui pète et picole, dont un chef de gang s’offre les services. Lonesome cowboy, femme fatale, tête tranchée qui s’échappe d’un carton et roule au sol comme un ballon inoffensif : le réel est troublé par une fantaisie de cinéma et de fait, dans Turgaud, tout le monde semble jouer dans un film. L’univers du long métrage est sombre et violent : tout s’y règle à coups de poings, de guns, de pelleteuse. Voilà un monde sans foi ni loi où l’on devine les exactions horribles. « Les temps ont changé, la démocratie est morte » prévient une crapule.

Turgaud porte en lui une allégorie politique avec ses puissants pourris et autoritaires, avec ses dictateurs qui succèdent à d’autres. Mais le film n’est pas non plus si sérieux : des farces sont parsemées sur le chemin et tout le monde roule trop des mécaniques pour que le film ne soit pas conscient de ses figures un rien grotesques. Que faire de toutes ces brutes, y compris le protagoniste ? Le dénouement du film, qu’on ne dévoilera bien sûr pas, a une idée bien cinglante en tête. Tandis que ce héros de peu de mots nous semble parfois plus figé que magnétique, alors que la narration manque à notre sens de relief et d’imprévu sur deux heures, Turgaud est une nouvelle démonstration du talent de metteur en scène de Yerzhanov. Son sens de l’espace et son travail chromatique donnent une ampleur à ce récit relativement humble.

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par Nicolas Bardot

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