La réalisatrice française Léonor Serraille vient de remporter avec Ari le prix de la meilleure œuvre française de fiction, décerné par le Syndicat Français de la Critique de Cinéma. Dévoilé l’an passé à la Berlinale et diffusé sur Arte, Ari est un drame à la fois tendre et angoissé sur un jeune homme qui se sent totalement perdu et décide de prendre le large. La cinéaste saisit un spleen d’époque avec un émouvant relief. Léonor Serraille est notre invitée.
Avec Ari, vous avez remporté le prix SFCC de la meilleure œuvre française de fiction, est-ce important pour vous une reconnaissance critique ?
C’est important oui, car à l’heure actuelle tout ce qui peut mettre en lumière les films, a fortiori potentiellement fragiles comme Ari, ça compte. Mais entre la mise en lumière critique très positive de Jeune femme et la tiédeur autour de mon deuxième film qui est bien plus complexe et abouti, il y a aussi un monde ! J’avoue m’en tenir plus à distance à présent, comme réalisatrice j’entends, mais ça tombe bien, la critique ne s’adresse pas à aux réalisateurs-trices. Mais avant de faire des films, pendant mes années d’études, la critique comptait beaucoup, j’étais par ailleurs abonnée pendant de très nombreuses années aux Cahiers du Cinéma jusqu’au changement de leur rédaction, j’en dévorais chaque numéro. La critique est toujours passionnante quand elle élève, remet en question et dialogue avec le cinéma.
Vos films ont été projetés au Festival de Cannes ou à la Berlinale, d’après vous qu’est-ce que cela apporte à la carrière d’un film de débuter dans de telles conditions ?
C’est évidemment un tremplin très fort pour démarrer. Et puis on fait un film pour aller toucher le « plus lointain », c’est à dire pas forcément son petit monde tout proche de soi. Ces festivals internationaux sont l’occasion pour les films d’aller ensuite potentiellement voyager dans le monde entier. C’est fort comme ressenti ce partage, quand on accompagne son travail hors les murs.
Qu’est-ce qui a fait naître chez vous le désir de raconter l’histoire d’un personnage tel que Ari ?
Le film est né d’un moment de fébrilité personnelle, mais aussi du besoin de trouver une forme de lumière, une force. J’avais aussi envie de réaliser un film sur la douceur et que pour une fois, elle ne vienne pas forcément d’une femme. J’ai également écrit le film au fil de rencontres avec ses interprètes du Conservatoire. Ils ont insufflé à ce portrait leurs sensibilités, leurs questionnements. Il y a dans la génération des 20/30 ans une sorte de fêlure, de fragilité et de chaos, et en même temps une profonde foi dans les liens. Un retour aux sources. Les gens ont besoin de temps pour eux, des piliers se sont effondrés, les études, le travail… Il y a un profond besoin de sens. Et c’est peut-être rassurant. C’est l’invention d’un monde nouveau. Autant dans l’affectif, avec plus de fluidité, que dans le rapport au temps, à l’argent, au travail, à la rentabilité..
Dans Ari, votre protagoniste trouve beaucoup de réconfort et de chaleur à travers la culture.
Quelqu’un m’a écrit à propos du film qu’il percevait dedans « un futur de seconde main, rafistolé, mais neuf, une joie post-effondrement, un amour intact », ça m’a beaucoup parlé ! Ari ne rencontre pas spécialmeent la culture, mais il trouve juste la tendresse, la poésie de la vie, pas celle des mots, celle qui peut juste se trouver d’humain à humain, si jamais tout s’effondre.
Entretien réalisé par Gregory Coutaut le 9 février 2026. Merci à Dany de Seille.
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