En 2009, Esmael Mangudadatu, un candidat politique progressiste aux Philippines, a envoyé sa femme et une équipe de journalistes dans la ville de Maguindanao pour déposer sa candidature au poste de gouverneur. Tous les membres du convoi furent brutalement massacrés par les forces dirigées par la puissante famille Ampatuan, alliée au gouvernement oppressif d’Arroyo. 58th raconte cette histoire tragique à travers les souvenirs de la fille d’un photojournaliste surnommé Bebot, et sa campagne inlassable pour trouver des preuves et obtenir une reconnaissance officielle de la mort de son père lors du massacre.
58th
Philippines, 2026
De Carl Joseph E. Papa
Durée : 1h26
Sortie : –
Note : ![]()
LA VICTIME MANQUANTE
« C’est l’œuvre du diable », commente-t-on dans 58th pour qualifier un massacre aux motivations politiques, survenu en 2009 aux Philippines. C’est l’œuvre du diable : on n’en doute guère lorsqu’est détaillée la sauvagerie avec laquelle ont été exécutées une cinquantaine de personnes – des rivaux politiques, des journalistes. Mais le diable est bel et bien réel dans ce documentaire qui, paradoxalement, choisit la distance de l’animation pour dépeindre ces événements. Voilà un procédé qui rappelle The Missing, le précédent long métrage du Philippin Carl Joseph E. Papa, déjà sélectionné à Rotterdam il y a deux ans et passé chez nous au Festival d’Annecy. L’animation recrée, mais chez le cinéaste elle est toujours étroitement liée à la réalité.
Le 58e dont il est question dans le titre de ce long métrage est la seule personne du convoi attaqué qui demeure portée disparue. La protagoniste de 58th est la fille de ce photojournaliste très certainement assassiné comme les autres par les alliés du gouvernement Arroyo – mais pas de corps, pas d’assassinat, pas de jugement. L’héroïne se bat pour faire reconnaitre ce qui est arrivé à son père. A travers l’animation, Carl Joseph E. Papa trouve une distance, peut mettre en scène les souvenirs, et donne une perspective aux sentiments qui traversent les protagonistes.
L’animation vient aussi représenter ce qu’on peut difficilement filmer – mais le film inclut également de nombreuses images télévisées qui rendent compte de la violence de l’attaque. S’il n’est pas question de poser un voile pudique sur la barbarie à l’œuvre, l’inclusion de certains plans nous semble assez discutable. Mais, comme on nous l’indique dans le long métrage, la violence est presque « normale » aux Philippines. A la violence des balles s’ajoute une violence supplémentaire lorsque les crimes ne sont pas reconnus comme tels. Le film est certes très chargé, mais Carl Joseph E. Papa parvient à être le passeur efficace de cette édifiante tragédie.
| Suivez Le Polyester sur Bluesky, Facebook et Instagram ! |
par Nicolas Bardot
