Festival de Rotterdam | Critique : Supporting role

Une star de cinéma déchue revient à la comédie et redécouvre une industrie qui l’a laissé de côté.

Supporting Role
Géorgie, 2026
De Ana Urushadze

Durée : 2h19

Sortie : –

Note :

JE SUIS UNE CÉLÉBRITÉ SORTEZ-MOI DE LA

Niaz est une célébrité. On le reconnait, on s’émoustille d’échanger quelque mots avec lui et on est fier de lui offrir un verre ou un massage. Or il n’a pas travaillé depuis longtemps, ses fans sont avant tout des dames d’un certain âge, et la jeune réalisatrice qui l’invite aujourd’hui à passer un casting (le premier casting de sa vie, s’offusque t-il avec une exagération qui cache mal son ego blessé) ne le reconnait pas vraiment. T’es plus dans le coup, papa. Derrière un visage désabusé qui devait sans doute passer autrefois pour un gage de virilité séduisante, derrière d’élégantes mimiques pince-sans-rire qui trahissent surtout une incapacité à se remettre en question, Niaz est devenu ce qu’il convient d’appeler un vieux con.

A travers cette scène de casting, Supporting Role s’ouvre avec humour sur la collision de deux mondes qui ne se reconnaissent et ne se comprennent plus. On pourrait alors craindre une caricature gênante de boomer (tel Nanni Moretti contre Netflix dans Vers un avenir radieux) mais la cinéaste géorgienne Ana Urushadze n’a heureusement ni le même âge ni le même point de vue que son protagoniste. Celles et ceux qui avaient eu la chance de voir son premier film, le saisissant Scary Mother (hélas inédit en France) savent que son cinéma à la fois mordant et littéraire possède un regard acerbe mais nuancé. Une qualité qu’on a plaisir à retrouver ici, malgré il faut bien le dire des problèmes de rythme.

D’abord dignement vexé par cette piqûre de rappel sur son hasbeenat, Niaz s’avère être de plus en plus sonné. Il erre alors en ville à la recherche plus ou moins vaine de celles et ceux qui ont partagé son succès d’antan. Dans les ruelles labyrinthiques d’une ville à moitié en ruines, il tourne alors en rond à la recherche d’une consolation rassurante, jusqu’à ce que l’angoisse le transforme presque en demi-clochard. La structure épisodique de Supporting Role n’échappe pas à la répétition et le film peine à conserver tout son mordant pendant sa longue durée, et cela malgré une volonté louable de varier de tonalité entre gags surréalistes et sérieux philosophique.

Ana Urushadze n’a en revanche rien perdu de son talent remarquable pour la mise en scène. Autour de son antihéros à la fois digne et pathétique, elle filme la ville comme un dédale post-apocalyptique désert. Restaurants ou appartement, les intérieurs s’avèrent plus vivants, plus accueillants, mais tous demeurent baignés de la même lumière ocre que les ruelles du dehors. Comme si l’image venait nous suggérer qu’il n’y avait aucun endroit pour se cacher, que la recherche de Niaz d’une cachette où cajoler son égo était vouée à l’échec. Cette comédie dramatique douce-amère ne franchit jamais franchement le pas vers un vertige fantastique mais ses airs de ronde entêtante en clair-obscur lui apportent toute sa personnalité. 

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par Gregory Coutaut

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