Festival de Rotterdam | Critique : Far From Maine

Hanté par le meurtre de son ami d’enfance palestinien Aseel Asleh par la police israélienne en 2000, le cinéaste arabo-juif queer et militant contre l’occupation Roy Cohen revisite leur amitié à travers une lettre cinématographique adressée à Aseel. Les deux se sont rencontrés adolescents dans un camp de paix dans le Maine, partageant des idéaux politiques et une vision de coexistence.

Far From Maine
France, 2026
De Roy Cohen

Durée : 1h39

Sortie : –

Note :

FAR FROM HEAVEN

« Rien n’a commencé le 7 octobre, mais tout a changé depuis » : on peut entendre cette affirmation dans Far From Maine, documentaire réalisé par l’Israélien Roy Cohen. De fait, à partir du génocide actuel commis par Israël à Gaza, défini comme tel par la plupart des spécialistes allant de l’ONU à Amnesty International, Roy Cohen remonte le temps. Il y a 25 ans, son meilleur ami, un activiste palestinien prénommé Aseel, est assassiné par la police israélienne. Avant ce drame, Roy et Aseel se sont côtoyés dans un camp d’été (dans le Maine, comme l’indique le titre du long métrage) réunissant des adolescents israéliens et palestiniens pour une réflexion commune sur la paix. Roy Cohen examine l’utopie, et comment celle-ci s’est fracassée.

Dans ce camp qui constituait un lieu de discussion, Cohen se souvient avoir connu un autre jeune garçon qui est aujourd’hui pilote, et qui largue des bombes sur Gaza. L’échec des espoirs adolescents a un goût particulièrement amer aujourd’hui. Au-delà des horreurs qui se déroulent à Gaza, Far From Maine questionne surtout le génocide depuis le côté israélien. Qu’est-ce que cela signifie, de vivre en Israël, ou de continuer à vivre en Israël aujourd’hui ? Comment Cohen peut-il expliquer l’injustifiable à sa fille ? Comment les jeunes d’Israël peuvent s’extraire du point de vue ethnonationaliste et militariste qu’on leur enseigne ? De quels futurs adultes parle t-on ?

Après le documentaire Holding Liat de Brandon Kramer, présenté à la Berlinale l’an passé et qui sortira en salles en avril 2026, Far From Maine ouvre la discussion côté Israéliens. Dans le long métrage, les protagonistes déménagent, reviennent. On parle du sentiment de honte, du besoin d’un bouclier contre la déshumanisation. Interroger le défunt Aseel, à travers ses lettres, c’est transmettre aujourd’hui ses idéaux, c’est un moyen de questionner le présent. Lui demander de rendre des comptes. Peut-on changer les choses en tant qu’individu en restant sur place, alors que les manifestations pacifistes sont réprimées ? Roy Cohen continue encore et encore à échanger. Notamment, lors d’un échange glaçant, avec sa propre sœur qui explique « ressentir de la joie à être ici », ici étant une zone pavillonnaire depuis laquelle on entend parfaitement le bruit des explosions.

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par Nicolas Bardot

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