Berlinale | Critique : Take Me Home

Anna, une Coréenne adoptée de 38 ans ayant un handicap cognitif, s’occupe tant bien que mal de ses parents âgés. Lorsqu’une vague de chaleur en Floride perturbe leur famille et la routine d’Anna, son avenir devient incertain.

Take Me Home
Etts-Unis, 2026
De Liz Sargent

Durée : 1h31

Sortie : –

Note :

A MA SOEUR

C’est qui qui décide, dans cette famille ? Anna vit en Floride avec ses parents adoptifs et leurs dynamiques familiales ont beau être joyeuses, elles ne sont pas forcément très claires. Quel âge a exactement Anna, derrière son attitude et ses fringues colorées d’adolescente ? Son handicap est-il de nature à la rendre complètement dépendante de ses parents ou bien juste légèrement déphasée ? Pourquoi Emily, la grande sœur d’Anna elle aussi adoptée, a-t-elle choisi d’aller vivre loin d’eux ? Le quotidien de cette famille se déroule entre sourires et rayons de soleil mais on se doute bien que l’équilibre d’interdépendance ici à l’œuvre n’est pas fait pour durer : les parents commencent déjà à être trop vieux pour régler tous les problèmes d’Anna, et malgré son âge adulte, celle-ci n’est pas en mesure de s’occuper de ces derniers. Tant que les soucis ne sont pas plus graves qu’une bouteille mal rangée, tout retombe encore sur ses pattes, mais le drame ne tarde pas à arriver.

La famille est à réinventer. En tout cas celle d’Anna. La réalisatrice américaine d’origine coréenne Liz Sargent signe avec Take Me Home son premier long métrage, adapté de son court du même nom réalisé en 2023, et elle dirige dans le rôle principal sa propre sœur Anna Sargent. Il faut reconnaitre à la cinéaste d’avoir évité toute condescendance et d’avoir écrit un personnage porteur de handicap tel qu’on en voit trop rarement au cinéma : Anna est un personnage nuancé et charmant qui possède son libre arbitre et ses défauts, elle est tantôt une enfant en plein caprice tantôt une femme adulte à l’humour pince-sans-rire qui regarde du porno si ça lui chante.

Le talent d’écriture de Sargent se retrouve aussi dans sa peinture douce-amère des relations familiales. Take Me Home est à la fois un portrait d’une bienveillance chaleureuse et un drame prêt à briser le cœur à chaque instant. Bien des films tentent de trouver cet équilibre mais peu y arrivent avec autant d’efficacité. La formule perd hélas de sa magie au cours du dénouement du récit, mais tant que la caméra scrute avec douceur le chaos qui régit la vie d’Anna et les siens, Take Me Home fait mouche. Présenté en première mondiale à Sundance avant d’être sélectionné à la Berlinale, ce film est un bel exemple de cinéma indépendant américain tout public cherchant avant tout à être proche de ses personnages.

| Suivez Le Polyester sur BlueskyFacebook et Instagram ! |

par Gregory Coutaut

Partagez cet article