Festival de Rotterdam | Critique : Gavagai

Au cours du tournage d’une adaptation de Médée au Sénégal. Sur le plateau, Maja trouve du réconfort auprès de son partenaire, Nourou. Quelques mois plus tard, ils se retrouvent à la première du film à Berlin. Les sentiments refont surface, mais un incident raciste vient troubler leurs retrouvailles.

Gavagai
Allemagne, 2025
De Ulrich Köhler

Durée : 1h31

Sortie : 08/07/2026

Note :

MAYDAY

Parmi les figures importantes de l’Ecole de Berlin, on trouve en très bonne place Ulrich Köhler, qui a signé deux chefs d’œuvre appartenant à ce mouvement : Montag en 2006 et La Maladie du sommeil en 2011. Le cinéaste avait déjà mis un peu d’eau dans son vin avec l’un peu plus mainstream (mais néanmoins brillant) In My Room en 2018. Gavagai, son nouveau long métrage, est clairement son film le plus grand public. De la comédie électrique au drame bourgeois, Ulrich Köhler emploie des codes moins radicaux, moins déstabilisants que dans ses œuvres phares. On retrouve néanmoins des qualités propres à l’École de Berlin, comme cette aisance à mettre en scène le réalisme.

Pour les personnages de Gavagai, sur un tournage de cinéma comme dans la vie, tout est simple mais tout est compliqué, tout est sérieux mais rien n’est si sérieux. C’est sur cette dynamique vivante que Köhler retrace le tournage d’un film, une nouvelle version de Médée au Sénégal. Sa réalisatrice (Nathalie Richard, excellente comme toujours) pète un câble sur le tournage, celui-ci n’est pas un fleuve tranquille, jusqu’à l’attente d’une première en festival. Évacuons d’emblée notre principale réserve vis-à-vis de Gavagai : ce film dans le film prend beaucoup de place, jusqu’à rendre l’ensemble assez bancal.

Gavagai trouve son chemin lorsqu’il se resserre sur ses protagonistes principaux. Il y a Maja, incarnée par Maren Eggert, qui illumine chacune de ses scènes et confirme qu’elle est l’une des meilleures actrices au monde. Mais dans Gavagai, il y a surtout Nourou, incarné avec talent par Jean-Christophe Folly, qui retrouve Köhler des années après La Maladie du sommeil. Le glissement progressif d’un personnage à l’autre témoigne d’une qualité d’écriture – les scènes « hors Médée » font preuve d’un solide savoir-faire narratif. Peu à peu, le long métrage parvient de manière convaincante à traiter des dynamiques de pouvoir, du privilège blanc, des micro-agressions racistes, du racisme ordinaire qui n’est jamais ordinaire. Si Gavagai sait être une efficace comédie, Ulrich Köhler peut aussi se montrer plus amer et cinglant. Le film n’atteint pas les sommets de la période or de son auteur mais propose néanmoins une satire percutante.

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par Nicolas Bardot

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