Fipadoc | Critique : Un renard sous une lune rose

Soraya, une jeune artiste afghane, a fui en Iran et tente, depuis cinq ans, de partir en Autriche retrouver sa mère. Elle immortalise avec son téléphone ses multiples tentatives de départ et la violence de son mari. Elle s’échappe alors de ce quotidien cruel dans d’extraordinaires dessins sous la forme d’un petit renard.

Un renard sous une lune rose
Iran, 2025
De Mehrdad Oskouei & Soraya Akhalaghi

Durée : 1h16

Sortie : –

Note :

LUNE FROIDE

Couronné à l’IDFA, principal festival documentaire d’automne, Un renard sous une lune rose est le journal intime de sa co-réalisatrice, Soraya Akhalaghi. Âgée de 16 ans au début du film (dont le tournage s’est déroulé sur 5 années), Akhalaghi troque stylo et carnet pour se confier directement à son téléphone. Les images brutes, plutôt que le crayon à paillettes. Elle est Afghane en Iran, et cherche à rejoindre sa mère en Autriche. Un renard sous une lune rose raconte les tentatives de fuite, les échecs successifs. Soraya Akhalaghi erre aux frontières, parfois avec un simple caillou dans la main pour se défendre. Voilà son quotidien vulnérable, dépeint en boucles damnées.

L’animation, ici ou là, à travers notamment un renard, prend parfois le relais à l’image. Ou plutôt, celle-ci constitue une échappée, une ponctuation colorée dans ces jours sombres. Cela reste le quotidien d’une jeune fille, qui devrait être infiniment plus doux. On regarde les chats qui passent, on secoue une boule à neige. Pourtant, les nouvelles à la télévision sont sordides, et il y a des images barbares qui ne s’effacent pas de la mémoire. En plus d’être apprentie cinéaste dans ce work-in-progress, Soraya Akhalaghi est déjà une artiste talentueuse et accomplie : elle dessine, peint, sculpte. Figure récurrente dans ses œuvres : un clown triste, des cicatrices au bras.

Un clown, oui, car ce monde lui est si absurdement cruel qu’il en devient tragi-comique. Voilà un moyen de survie pour Akhalaghi, qui doit en plus se coltiner un mari violent. Les séquences courtes et les images muettes sont suffisamment éloquentes. Un renard sous une lune rose rayonne de l’intérieur grâce à la vitalité de son héroïne. Celle-ci marche à la fois bille en tête et funambule. Comment avance t-on droit dans un monde où les murs s’élèvent, dans un monde où l’on est persuadé de ne pas avoir de place ?

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par Nicolas Bardot

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