En compétition courts métrages cette semaine au Festival Premiers Plans d’Angers, Je mordrai la poussière des étoiles (Im Auto Tapes und Butterbrot) est une merveille réalisée par la Germano-Iranienne Kiana Naghshineh. Ce film d’animation raconte l’histoire de Shari, atteinte d’un cancer. Je mordrai la poussière des étoiles est un récit visuellement inventif, au ton à la fois brutal et fantaisiste, qui trouve sa propre manière de parler de la maladie et de la mort. Kiana Naghshineh est notre invitée.
Pouvez-vous nous en dire plus sur votre référence à Laïka dans Je mordrai la poussière des étoiles ? Qu’est-ce qui selon vous, dans l’histoire de cet animal, correspond à celle de votre protagoniste ?
Ma première association a été l’espace. L’espace est vaste, plus grand que la vie et il y a tellement plus au-delà de ce que nous savons de l’espace. On peut dire la même chose de la mort. Ensuite, j’ai pensé à Laïka qui était complètement seule, perdue dans l’espace. Lorsque sa fusée a été lancée, il était clair qu’elle ne reviendrait pas. Cela m’a semblé être une métaphore appropriée pour Shari qui est elle aussi confrontée à une force beaucoup plus grande qu’elle-même. Dans mon film, Laïka et Shari ont cela en commun. Puisque Laïka a déjà vécu ce sentiment, elle guide maintenant Shari à travers ce processus.

Comment avez-vous envisagé la place de l’humour dans un film aux motifs aussi dramatiques ?
Tout le monde peut imaginer à quel point il doit être dévastateur et effrayant de perdre un être cher. Ce n’est pas ce sur quoi je voulais me concentrer. D’après mon expérience et celle de ceux qui ont partagé leurs histoires avec moi, dans des moments désespérés comme celui-ci, les familles ont généralement tendance à se rapprocher et à chercher du réconfort les uns auprès des autres. Ajouter de l’humour pour alléger ce thème sombre semblait être l’approche la plus honnête. Je voulais réaliser un film dans lequel les gens puissent plutôt trouver un certain réconfort en le regardant plutôt que d’en avoir peur.

L’animation et le design dans Je mordrai la poussière des étoiles sont parfois volontairement bruts. Pouvez-vous nous en dire davantage sur ce choix esthétique ?
Je pense que se concentrer sur seulement quelques attitudes précises peut être plus expressif qu’une approche plus réaliste, car le style se réduit vraiment à l’émotion brute. Cela a également aidé à souligner le ton humoristique du film. Un autre secret est que je n’apprécie pas vraiment l’animation. L’animation est un processus si fastidieux, lent et souvent frustrant pour moi. L’animation et moi avons une relation amour-haine, donc je suis heureuse que dans ce film, j’aie eu d’excellent.es animateurs et animatrices dans l’équipe.

Comment avez-vous travaillé sur les couleurs très fortes que vous utilisez dans le film ?
Les couleurs sont inspirées des anciennes affiches de propagande soviétiques qui étaient utilisées pour leurs missions spatiales. J’adore à quel point les couleurs sont graphiques et audacieuses. J’ai donc commencé à construire la palette de couleurs principale à partir de cela. Shari est la seule à être entièrement blanche et pâle à cause de sa maladie.

Qui sont vos cinéastes de prédilection et/ou qui vous inspirent ?
L’un de mes favoris est le réalisateur iranien Abbas Kiarostami. Ses films sont souvent calmes et en apparence « peu excitants », mais ils sont pleins de caractère. Même les lieux sont des personnages, j’ai l’impression de pouvoir sentir ces villages. Je pense que la même chose s’applique probablement au réalisateur préféré de tout animateur, Hayao Miyazaki, qui met tant d’efforts et de détails pour donner vie à ses personnages. Tous deux créent un sentiment de confort dans leurs films.
Entretien réalisé par Nicolas Bardot le 10 janvier 2026. Un grand merci à Luce Grosjean.
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