Festival des 3 Continents | Critique : Dear Stranger

Kenji, chercheur japonais en architecture à New York, peine à obtenir un poste de professeur titulaire en lien à son travail sur les ruines. Avec Jane, marionnettiste taïwano-américaine, ils forment un couple qui semble au bord de la rupture. Mais lorsque Kai, leur fils, disparaît mystérieusement, le drame ne provoque ni union ni force renouvelée…

Dear Stranger
Japon, 2025
De Tetsuya Mariko

Durée : 2h18

Sortie : prochainement

Note :

THÉÂTRE DE MARIONNETTES

Le Japonais Tetsuya Mariko a été révélé sur la scène internationale il y a bientôt dix ans avec son furieux Destruction Babies, dans lequel le personnage principal cassait la gueule à quiconque croisait son chemin pendant pratiquement tout le film. Cette œuvre coup de poing avait fait sa première française au Festival des 3 Continents, manifestation où son nouveau long métrage Dear Stranger est également dévoilé en compétition après sa sortie japonaise à la rentrée. Tourné aux Etats-Unis, Dear Stranger s’inscrit assez vite dans des codes de drame plus traditionnel que son film le plus connu.

Kenji et Jane sont un couple comme les autres et ont des discussions portant sur la lessive comme n’importe quel de leurs voisins new-yorkais. La fenêtre de l’appartement se referme : quels secrets peuvent se cacher derrière le quotidien tranquille ? La vie de tous les jours peut basculer d’un coup comme quand la supérette de Jane est soudainement attaquée par une bande de voyous. Mais Dear Stranger ne raconte pas vraiment une rupture brutale, plutôt une usure, celle d’un couple où la répartition des rôles est source d’une tension larvée. Chacun a abandonné quelque chose de sa vie pour être là (surtout elle), tandis que le couple jongle entre les tâches au foyer, le travail alimentaire et les aspirations artistiques afin d’élever correctement leur fiston (quasi-exclusivement elle).

Des zones d’ombre se font peu à peu ressentir dans le récit. Voilà qui pourrait déployer le trouble du drame psychologique ou la tension du thriller, mais le manque d’informations, plus qu’un mystère, produit parfois un manque de clarté dans Dear Stranger. Le film, à notre sens, manque de relief pour ses 140 minutes, même si on peut reconnaître au long métrage d’explorer ambitieusement ses multiples problématiques. Dans ce couple en crise, l’écriture un peu mécanique du personnage masculin, pas vraiment aidée par le jeu assez raide du Japonais Hidetoshi Nishijima (vu entre autres dans Drive My Car ou récemment dans La Voie du serpent), retient un peu le film. Au contraire, la formidable actrice taïwanaise Gwei Lun-mei (déjà brillante dans les films de Diao Yinan) offre au film un feu et une fragilité qui éclairent chacune de ses scènes. Au cœur du long métrage, un coup d’éclat : une scène de baston particulièrement crédible, lors d’une prise sans coupe, qui nous rappelle l’énergie urgente de Destruction Babies. Dear Stranger fait preuve d’un savoir-faire plutôt efficace mais manque peut-être de ce type de folie.

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par Nicolas Bardot

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