Critique : Pédale rurale

Benoît a construit son paradis à l’abri des regards, il s’est émancipé à sa manière, résolu à faire face aux contraintes d’un territoire qui, dans les imaginaires, entre en conflit avec son identité. Un jour, lui et d’autres queer du coin décident d’organiser la première Pride du Périgord vert, parce qu’il est temps de sortir du bois, de prendre l’espace pour se célébrer, se réparer et enfin ouvrir une voie.

Pédale rurale
France, 2024
De Antoine Vazquez

Durée : 1h24

Sortie : 04/03/2026

Note :

QUEERS DU TERROIR, ON SORT DU PLACARD

D’Alain Guiraudie à André Téchiné, les personnages gay et ruraux peuvent exister dans le paysage du cinéma français, mais ce sont des cas suffisamment rares pour qu’on puisse les remarquer assez facilement. Voilà qui est à l’image de la société : la visibilité des personnes queer est essentiellement urbaine. Pédale rurale, le documentaire réalisé par le Français Antoine Vazquez, a un titre qui claque : sa musicalité est comme un rappel sonore (on existe – et le titre le fait savoir bruyamment) et le ton impertinent du mot pédale rappelle que personne n’est là pour s’excuser poliment de vivre.

Pédale rurale s’ouvre par une scène de jardinage. « Est-ce que je suis queer quand je fais mon jardin ? », demande le facétieux protagoniste. « Oui, peut-être ». Vazquez le filme tel qu’il est, torse nu, muscles saillants et dos brillant de sueur. La caméra érotisante insiste de manière étonnante sur ses abdos et ses fesses : il n’est certes pas question de rhabiller Benoît mais cette façon de s’attarder autant sur un corps valide, qui correspond autant aux critères de beauté conventionnels gay (un corps musclé, fin, bronzé, imberbe) peut dérouter. Le film promet-il un personnage qui sort des codes habituels pour le filmer… d’une manière qui correspond à 100% aux représentations les plus figées ?

A l’opposé, on peut se demander s’il ne s’agit pas là d’un choix qui permet de montrer Benoît comme un homosexuel parmi d’autres – avec un simple changement de décor. Vazquez filme sa petite vie de marginal, mais dans l’expérience du Benoît solitaire, il y a des éléments universels. Oui, ce personnage construit son propre paradis sans concession dans son jardin-forêt secret. Non, ce cadre idyllique n’est pas étanche au monde : on est confronté malgré tout à l’homophobie des masculinistes ivrognes, on se souvient quand on s’épuisait à cacher son homosexualité à l’école et, comme dans bien des documentaires, on essaie de monter une Pride locale. Le ton de ce premier film est attachant et si les réponses qu’il apporte ne sont pas forcément les plus profondes, celui-ci pose de bonnes questions.

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par Nicolas Bardot

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