Depuis quarante ans, je collectionne les articles du monde entier sur Isabelle Adjani, Couvertures, pages et photos que je découpe et colle dans de grands cahiers. Au cahier n°42, mon œil de réalisateur ose enfin se pencher sur cette collection de fan, devenue peu à peu secrète… Histoires d’objets, de collectionneurs, de famille et de temps : une vie partagée avec une star en photos.
Les Cahiers Adjani
France, 2025
De Cyril Brody
Durée : 1h26
Sortie : –
Note : ![]()
J’IMAGINAIS TROUVER L’ELDORADO
Une voix de tout jeune homme, encore un peu ado, crie en bas des marches du Festival de Cannes. Il y a de quoi : c’est l’ouverture du festival, en présence non pas d’une simple célébrité mais d’une vraie star – Isabelle Adjani. De plus, Adjani est l’idole absolue de ce jeune homme (Cyril Brody, réalisateur du long métrage). Son camescope tremble, on ne voit plus rien dans la cohue. « Elle avait quelque chose qui m’échappait » commente t-il, à la fois au sens figuré mais aussi au sens propre : Isabelle Adjani la surnaturelle apparaît à peine sur ces images d’archives. Un événement mi-réel, mi-fantasme, immortalisé, alors qu’il est question assez ironiquement d’un gros flop dans la carrière de l’actrice (le bancal mais pas si nul Toxic Affair de Philomène Esposito).
Adjani actrice, Adjani pouvoir, Adjani mystère, Adjani charme mais aussi Adjani BMX : les photos collectées par Cyril Brody montrent différentes facettes de la comédienne, différents rôles à l’écran mais aussi différents rôles devant l’objectif. Que raconte chaque photo ? Dans son documentaire Les Cahiers Adjani, Cyril Brody partage une expérience très personnelle, une passion qui peu à peu, en grandissant, devient un secret. Adorer une actrice, voir ses films, collectionner toutes ses images. Une vénération de divinité, dont les représentations ne sont pas à l’église du coin mais dans Télé Star ou Studio Magazine. Dans Les Cahiers Adjani, on entend le bruit discret des pages rigidifiées par la colle, tournées méticuleusement.
C’est une expérience intime mais aussi collective. « Tu l’as celle-là ? » demande une amie qui partage, ou partageait, la même passion. Une intervenante, classique, collectionne les fèves, une autre, plus originale, archive sacs plastiques ou tickets de bus. Ces obsessions peuvent être assez abstraites, elles ont pourtant leur sens, leurs rites, leur mode d’emploi. En ce qui concerne Adjani, celle-ci jalonne l’histoire de Brody, dans sa chambre mais aussi dans sa famille. Voilà une piste intéressante, peut-être pas si creusée que ça. Mais le film suggère de manière attachante, comme il suggère un vécu commun à beaucoup de garçons queer : « Adjani, c’est moi » pense le jeune gay comme tant d’autres avec des célébrités féminines. D’apparence modeste, Les Cahiers Adjani touche du doigt ce que cela signifie de grandir pédé. Dans une bulle, avec un peu de honte intériorisée, et le réconfort de photos d’Adjani ou d’une autre. Plus tard dans le film, Isabelle Adjani apparaît comme un mirage ou un fantôme : des années après le début des collections adolescentes, elle est toujours là.
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par Nicolas Bardot
