Le 10 mars 2019, un Boeing 737 MAX s’est écrasé six minutes seulement après son décollage d’Addis-Abeba, en Éthiopie. Les 157 personnes à bord ont péri, dont Max Thabiso Edkins, le jeune frère du réalisateur Teboho Edkins. Ce dernier et son père, le producteur de films Don Edkins, ont décidé de se rendre ensemble sur le site du crash afin de trouver un sens à leur deuil.
An Open Field
Afrique du Sud, 2025
De Teboho Edkins
Durée : 0h38
Sortie : –
Note : ![]()
HORS-CHAMP
« Le film que je ne voulais pas faire » : c’est ainsi que Teboho Edkins, né dans le Tennessee mais élevé en Afrique du Sud, présente son moyen métrage documentaire An Open Field. En 2019, Edkins a perdu son frère dans un accident d’avion qui a eu lieu en Éthiopie, et qui a fait 156 autres victimes. C’est une tragédie, un traumatisme, et le film s’ouvre sur les images d’après, aujourd’hui, sur les lieux du crash. Voilà qui semble très factuel et pourtant flou en même temps : les photos prises par Edkins, avec ce noir et blanc et ce gros grain, donnent l’impression d’un événement enfoui dans le passé. Tout, néanmoins, reste à fleur de peau, la larme à l’œil.
Teboho Edkins et son père sont accueillis par une communauté dont les membres sont, malgré elleux, devenu.es gardiennes et gardiens de ce cimetière. « Cela revient dans mes cauchemars », dit une habitante. Sur place, il reste des débris, difficile désormais de savoir s’ils viennent de l’accident ou d’ailleurs. Une plaque commémorative est posée là, entourée de rien. Le film laisse une place au silence et au bruit du vent. La caméra scrute le sol en gros plans. Comment trouver la consolation ? Pas par les responsables de l’accident en tout cas : le manque de transparence de Boeing est pointé, dans un système cynique où l’humanité n’a guère de valeur et où l’argent est le seul langage. Pendant ce temps, une musique guillerette accompagne une publicité pour Boeing à la télévision.
« Le destin a voulu que l’avion s’écrase dans une communauté qui comprend le deuil ». Comment, comme il est suggéré dans le film, accepter la volonté de Dieu si ces victimes ont été tuées, qu’on ne considère pas qu’il s’agisse d’un accident ? Au deuil des Edkings et des autres (dont on entend les diverses voix déclinant leur identité, originaires de plein d’endroits dans le monde et formant une mosaïque Zoom de tristesse) s’ajoute une douleur supplémentaire. Sans en faire un folklore, Teboho Edkins filme le possible caractère sacré du lieu où l’on meurt. Les photos des victimes, par la force des choses muettes, sont comme des fantômes, de jeunes fantômes pour la plupart. Teboho Edkins s’asseoit, enregistre les sons. Dans un poignant geste tendre, un habitant vient lui remettre sa capuche tandis qu’il commence à pleuvoir.
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par Nicolas Bardot
