Dans un village du nord de l’Inde, deux amis d’enfance tentent de passer le concours de police nationale, un métier qui pourrait leur offrir la dignité qu’ils n’osent espérer. Alors qu’ils touchent du doigt leur rêve, le lien précieux qui les unit est menacé par leurs désillusions…
Une jeunesse indienne – Homebound
Inde, 2025
De Neeraj Ghaywan
Durée : 1h59
Sortie : 25/03/2026
Note : ![]()
LES OPTIMISTES
C’était à Cannes, dans la section Un Certain Regard, que le cinéaste indien Neeraj Ghaywan s’était fait repérer en 2015 avec son premier film, Masaan, un drame qui étonnait par son regard parfois brutalement honnête sur certains tabous sociaux. Dix ans plus tard et après une poignée de courts métrages, c’est dans cette même section qu’il revient avec Une jeunesse indienne – Homebound. Martin Scorsese endosse ici le rôle de producteur exécutif, mais en dehors de cette prestigieuse carte de visite supplémentaire, on peut dire que Ghaywan reprend les choses exactement là où ils les avait laissées.
Le cinéma indien et sa vertigineuse production annuelle possède bien des visages, dont il n’est pas toujours facile de trouver trace en France (le Festival de Rotterdam demeure peut-être l’option la plus proche de chez nous pour goûter à toute sa diversité). Neeraj Ghaywan ne tourne son regard ni en direction d’un poverty porn social ni vers les divertissantes hyperboles du grand spectacle. S’ils pointent du doigt l’influence pesante sur la vie quotidienne des dogmes politiques ou religieux, ses drames demeurent particulièrement accessibles et même, surtout dans le cas d’ Une jeunesse indienne – Homebound, chaleureux.
Shoaib est musulman, Chandan est Dalit (anciennement nommés Intouchables). Cela ne les empêche pas d’être meilleurs amis mais là n’est pas le sujet du film. Souffrant tous deux de discriminations et de condescendance liées à leur religion et leur caste, ils partagent un même rêve pour venir en aide à leurs familles précaires : décrocher l’un des rares postes « à quota » dans la police, seule possibilité pour eux d’obtenir un job fixe qui paye bien. La candeur de ces deux optimistes va être mise à rude épreuve.
Dire qu’ Une jeunesse indienne – Homebound est chaleureux ne veut pas dire que tout y est facile pour autant. Celles et ceux qui sont familiers d’un cinéma d’auteur indien plus pointu (les films de Chaitanya Tamhane, P.S. Vinothraj, Natesh Hegde, etc.) trouveront sans doute un peu lisse l’alliance de ces dialogues parfois explicatifs et de cette photo rayonnante faisant la part belle à une douce lumière. Mais telle est justement l’équation de Ghaywan : choisir de donner le point final à l’amitié plutôt qu’à la déshumanisation, à l’idéal plutôt qu’à la fracture. Naïf ? Peut-être tout simplement optimiste.
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par Gregory Coutaut
