Située au bord d’un canyon fluvial dans l’ouest de l’Ukraine, une communauté pacifiste et religieuse voit son mode de vie paisible progressivement perturbé par des inondations et par la guerre.
Silent Flood
Ukraine, 2025
De Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk
Durée : 1h30
Sortie : –
Note : ![]()
AU BORD DU MONDE
Révélé en 2022 avec son premier long, la fiction Le Secret de Pamfir, l’Ukrainien Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk signe cette fois un documentaire avec Silent Flood. C’est à nouveau un film situé aux confins de l’Ukraine, probablement même encore plus loin puisque le cinéaste filme ici une communauté comme coupée du monde, réunie autour de la religion et d’une vie simple qui semble appartenir à un autre temps. Comment, justement mesurer le temps qui semble s’être arrêté ? Par les différentes guerres qui sont évoquées, ou par les différentes inondations dont on essaie de se souvenir avec la crue du fleuve, peut-être en « 39 ou en 41 », « en 80 ou 81 », puis en « 98 qui n’avait rien à voir avec celle de 69 ». Les eaux montent et redescendent, on ne se souvient plus exactement quand, tandis que les saisons et les années passent. La vie reste la même.
Silent Flood s’ouvre dans la brume bleue de l’eau. Des voix se font entendre et témoignent, tandis que la brume se dissipe peu à peu, tout doucement. On regarde la nature, et ça n’est pas qu’un décor : les lieux racontent une mémoire, la guerre peut découper le paysage, cet endroit a été le théâtre d’affrontements, le fleuve devenu une épreuve a aspiré des âmes et des mines sont une trace du passé dans la terre. Mais tout n’est pas un trauma : ici les enfants jouent, là on entonne des chansons sur Jésus. Tout cela est saisi avec le sens du cadre dont Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk faisait déjà preuve dans Le Secret de Pamfir. Une image picturalement frappante : la lumière orange qui douche un chariot transportant du bois et des enfants, et traversant la forêt. Tout cela semble bien paisible, pourtant nous sommes en Ukraine, de nos jours.
« Nous n’avons pas de guerre » sont des mots que l’on entend dans Silent Flood. Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk filme une communauté hors civilisation, sans électricité, sans gaz, sans voiture. Les soirs sont vécus à la bougie, pendant que le pain cuit au four. On y reconnait Dieu avant le pays et ce monde paraît vivre dans sa bulle. Celle-ci, néanmoins, ne peut pas rester entièrement intacte. De l’aide est envoyée vers l’est, là où l’on traverse des villages détruits, là où l’on s’approche du feu qui trace une ligne rouge dans le décor. Des pains sont transportés par là, où l’on entend les déflagrations. La population de cette communauté est vue comme une curiosité par les soldats. Silent Flood perd parfois son rythme mais parvient à dépeindre un singulier paradoxe avec ce monde clos qui ne peut pas entièrement ignorer la guerre. Comme dans une sorte de Brigadoon amish, ces lieux que l’on a vus de nos yeux peuvent à nouveau être avalés par le brouillard.
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par Nicolas Bardot
