Critique : Des preuves d’amour

Céline attend l’arrivée de son premier enfant. Mais elle n’est pas enceinte. Dans trois mois, c’est Nadia, sa femme, qui donnera naissance à leur fille. Sous le regard de ses amis, de sa mère, et aux yeux de la loi, elle cherche sa place et sa légitimité.

Des preuves d’amour
France, 2025
De Alice Douard

Durée : 1h37

Sortie : 19/11/2025

Note :

BONNES MAMANS

C’est d’abord la voix de Claude Bartolone que l’on entend en off, annonçant l’adoption de la loi Taubira sur le mariage pour tous au printemps 2013. Des preuves d’amour s’ouvre par un accomplissement, mais le premier long métrage de la Française Alice Douard (découvert cette année à la Semaine de la Critique) n’a pas de temps à perdre : ses deux héroïnes, dès leur apparition à l’écran, attendent un enfant. Le long métrage se déroule il y a dix ans mais Céline et Nadia sont déjà dans l’après : Nadia porte leur futur enfant et Céline doit entamer les procédures pour l’adopter. Ce pourrait être un drame et un combat mais si le couple va effectivement devoir faire preuve de persévérance, Alice Douard choisit plutôt le terrain de la comédie.

Il est encore tôt : Céline ne dit pas encore spontanément « ma femme », les formulaires ne sont pas encore adaptés et le couple doit faire preuve de pédagogie pour expliquer la grossesse à des hétéros un peu basiques. Des preuves d’amour est déjà un film d’époque mais la plupart de ses problématiques restent bien vivantes. Si la loi Taubira a ouvert un droit, celle-ci n’a pas forcément éteint la ferveur des homophobes ou la condescendance des hétéroflics. Céline et Nadia doivent composer un dossier composé de témoignages validant leur « projet », elles essuient les remarques passives-agressives de leur entourage, subissent les beaufs qui pensent que leur avis a une quelconque légitimité : Alice Douard dépeint avec justesse le quotidien commun des micro-agressions visant les personnes queer comme c’est le cas pour toutes les minorités.

Ce qui change ici c’est le point de vue : une première concernée (la réalisatrice, qui s’inspire de son expérience) raconte l’histoire de premières concernées, et ici les lesbiennes répondent, remettent à leur place et cognent si besoin (une scène extrêmement satisfaisante). Une comédie queer qui sait finement se moquer des hétéros, voilà qui change de l’habituelle dynamique de personnages LGBT servant de sujets de blagues grasses pour homophobes. Tout cela est réalisé avec naturel dans le long métrage, grâce à un brillant sens du dialogue, une absence de clichés et l’excellence de l’interprétation, avec en tête Ella Rumpf, rayonnante dans le rôle principal, et Noémie Lvovsky, imprévisible en mère-diva.

Le rôle de cette dernière est une clef dans Des preuves d’amour, illustrant à quel point aucun lien familial ne va de soi. La suspicion vis-à-vis des personnes queer met bien vite de côté les mères hétéros qui ne se sont jamais vraiment senties à leur place, ou les pères qui tombent dans les pommes sans avoir jamais à être torturés lors d’un accouchement. Chacun endosse un personnage inconnu et fait de son mieux avec. Cela peut faire pleurer, cela peut faire rire aussi, et Des preuves d’amour est tout cela : une comédie, un film émouvant, un récit politique, avec toutes ces tonalités qui s’enrichissent les unes les autres. Remarquée avec son court métrage L’Attente qui fut césarisé en 2024, Alice Douard, avec ce film populaire et très réussi, est l’une des révélations de l’année.

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par Nicolas Bardot

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