Critique : Un poète

Óscar Restrepo, poète en manque de reconnaissance, mène une existence solitaire marquée par les désillusions. Sa rencontre avec Yurlady, une adolescente d’un milieu populaire possédant un véritable talent d’écriture, va bouleverser le cours de sa vie. Il l’exhorte à se présenter à un concours national de poésie. Mais les choses ne se passent pas comme prévu…

Un poète
Colombie, 2025
De Simón Mesa Soto

Durée : 2h00

Sortie : 29/10/2025

Note :

POIL A GRATTER

Quelle place pour un poète dans la société d’aujourd’hui ? Avant même qu’Óscar n’ait le temps de se faire remettre à sa place (« Autant dire chômeur » lui répond-on quand il décline son activité), l’esthétique du film vient nous donner un indice. Avec ces images presque punk, aux bords bruts, captées par une caméra qui refuse de se poser ne serait-ce que pour fixer un cadre, il y a déjà comme un décalage temporel dans l’air, comme si un poète ne pouvait exister que dans un imaginaire à la Cassavetes, plutôt que dans le vrai monde d’aujourd’hui.

Quelle place Óscar peut-il occuper dans sa propre vie ? Ce poète maudit est prié par un entourage à court de patience d’accepter le job d’enseignant qui s’offre miraculeusement à lui. Óscar préfèrerait continuer à vivoter dans le monde pur des idées et des idéaux, mais ses déclarations sur la pureté de l’art n’intéressent plus qu’un cercle de vieilles connaissances de plus en plus réduit. L’une des idées malines du scénario est précisément de nous laisser perpétuellement face à un doute amusé.  Óscar est-il un artiste maudit et incompris ou bien un vieil ado immature incapable de se frotter à la vraie vie ? 

Le cinéaste Simón Mesa Soto parvient à faire de cette ambivalence le moteur de ce portrait nerveux qui slalome à toute vitesse entre pathos et burlesque. Le regard qu’il pose sur son protagoniste est à la fois tendre et moqueur (le montage abrupt vient d’ailleurs souligner un humour souvent cinglant), soit un mélange qui ne devrait pas fonctionner et qui pourtant donne toute sa personnalité piquante au film. La réussite de ce cocktail en revient aussi énormément à l’impayable Ubeimar Ríos, acteur non professionnel qui apparait à l’écran pour la première fois en livrant l’une des performances les plus saillantes de l’année. Son phrasé, son visage volontiers grimaçant, sa silhouette en forme de petite boule de nervosité suffisent à en faire le poil à gratter de chaque scène où il apparait.

Quelle place pour la poésie dans nos vies, et quelle importance pour celle-ci face aux vrais problèmes du quotidien ? En plaçant Óscar face à un personnage de jeune fille douée venue d’un milieu défavorisé, le scénario déploie progressivement des questions vastes sur la violence sociale qui, toutes passionnantes qu’elles soient, viennent par leur sérieux déséquilibrer un peu ce numéro de funambule. La rédemption du protagoniste grâce à ce rôle de figure paternelle de substitution n’est pas l’idée la plus originale du scénario, mais en dépit d’un certain essoufflement, Un poète parvient à conserver jusqu’au bout son humour noir et sa précieuse ambivalence mordante.

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par Gregory Coutaut

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