Jooin, 17 ans, déclenche le chaos avec quelques mots prononcés dans un moment de colère. Elle commence à recevoir des lettres anonymes remettant en question ses actions.
The World of Love
Corée du sud, 2025
De Yoon Ga-eun
Durée : 1h59
Sortie : 06/05/2026
Note : ![]()
SI TU LE DIS
Jooin va bien, merci. A vrai dire, si on lui posait la question directement elle nous répondrait sans doute avec de grands yeux interloqués tant ses journées filent sur de sympathiques roulettes. Ce n’est pas que sa vie soit un lit de roses ou qu’elle soit naïve, c’est plutôt que cette jeune fille possède suffisamment de rebond et d’optimisme pour être à la fois l’irrésistible clown de la classe, une fille qui n’a pas besoin qu’on lui demande pour aider à la maison, une amoureuse qui sait ce qu’elle veut, une grande sœur malicieuse, une jeune fille avide de blagues de cul, une enfant et une ado à la fois.
La cinéaste coréenne Yoon Ga-eun (révélée il y a une dizaine d’années avec The World of Us), fait preuve d’un grand talent d’écriture pour bâtir une cascade de scènes dynamiques qui n’ont pas besoin de plus de quelques minutes pour mélanger les tons avec subtilité. Maman boit un peu trop ? Autant en rire, hein. Elle a encore vomi dans un coin de l’appartement ? Cette fois-ci le gag est un peu plus amer, mais on n’a pas le temps de s’appesantir. Jooin a toute une vie à vivre, elle a de l’appétit à revendre et ne manque pas de choses à dire. C’est d’ailleurs ainsi qu’arrive le scandale à son école. Aveu ou provocation ? Lors d’une discussion vive, Jooin clame (pour mieux se rétracter aussitôt) qu’elle a été victime d’une agression sexuelle dans l’enfance, et qu’elle n’en est pas spécialement traumatisée pour autant.
The World of Love n’est pas un film-à-sujet mettant en scène une héroïne seule contre tous. Il n’est pas question de conséquences extérieurs (travail de la justice, exclusion sociale, etc). Ce que raconte le film, c’est comment justement la vie continue dans toutes ses nuances après une telle déclaration. Qu’est-ce qui se passe intérieurement pour Jooin, pour sa meilleure amie, ses camarades de classe? La multiplicité des personnages vient parfois se mettre en travers de la clarté du récit, mais elle vient concrètement traduire l’idée centrale du scénario qui est que la libération de la parole est l’affaire de toutes et tous.
Sans jamais nous placer dans des situations éprouvantes, Yoon Ga-eun fait harmonieusement évoluer le film du charme à la gravité, épousant ainsi la complexité du sujet, en donnant de plus en plus de profondeur à sa protagoniste. Comme l’indique le titre du film, c’est avant tout un sentiment de chaleur qui plane au-dessus de The World of Love, mais sans aucune naïveté. Tout cela pourrait bénéficier de davantage de brièveté mais la réalisatrice fait ici preuve d’un talent flagrant de narratrice qui la distingue dans le paysage coréen contemporain.
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par Gregory Coutaut
