Ayant grandi dans un environnement ravagé par la violence et l’alcool, la jeune Lidia peine à trouver sa voie. Elle parvient à fuir sa famille et entre à l’université, où elle trouve refuge dans la littérature. Peu à peu, les mots lui offrent une liberté inattendue…
The Chronology of Water
États-Unis, 2025
De Kristen Stewart
Durée : 2h08
Sortie : 15/10/2025
Note : ![]()
AU FIL DE L’EAU
L’un des premiers plans de The Chronology of Water montre le bleu aseptisé d’une piscine peu à peu maculé d’un rouge sang. Si la natation est l’un des motifs récurrents de ce premier long métrage réalisé par l’Américaine Kristen Stewart, le film n’a rien d’une brasse paisible un dimanche matin. Dès les premiers flashes sous l’eau, la réalisatrice travaille une tension intranquille. Les plans sont courts, décadrés, ce sont régulièrement de très gros plans, des visions obstruées, partielles. Ce n’est pas le confort qui caractérise ce long métrage – à l’image de La Mécanique des fluides, mémoires violentes de l’Américaine Lidia Yuknavitch que Stewart adapte ici.
C’est « une série de fragments, de répétitions » à laquelle nous allons assister, comme le suggère une réplique. C’est la jeunesse chaotique de Lidia, son présent bancal, son passé traumatique. Les très gros plans sur les visages tentent de saisir ce qui palpite sous la peau, les parties manquantes soulignent ce que la mémoire peut avoir de morcelé. Le parti-pris de mise en scène est de coller au plus près de la perception de l’héroïne, avec un travail sur le montage qui peut parfois rappeler les premiers films de Lynne Ramsay ou les productions indé américaines du tournant 2000. Pas forcément les références les plus contemporaines, mais c’est aussi ce qui singularise ce long métrage qui n’a pas vraiment l’air d’un film de 2025.
Très chargé dans son propos, très chargé dans son style, The Chronology of Water pourrait ployer sous une certaine complaisance. Mais l’intransigeance de Stewart donne une force à ce premier essai qui ne ressemble pas aux nombreux « films d’acteurs » lisses, propres et sans point de vue. Pour parler du traumatisme familial et de la transmission de la violence, Stewart fait le choix judicieux de ne pas arrondir les angles. « Que sais-tu de la douleur ? », dit-on à Lidia. Visiblement beaucoup de choses dans ce film rugueux qui, le temps d’un plan au bord des rails, semble citer Une vraie jeune fille de Catherine Breillat (soit une réalisatrice qui n’est pas particulièrement connue pour un cinéma feel-good).
Autour de son héroïne habitée (et interprétée avec talent par Imogen Poots), Stewart et son co-scénariste Andy Mingo ont su composer des protagonistes masculins assez surprenants, entre le mari faible et passif, le père à la fois toxique et séduisant et le mentor épave. Les dynamiques sexuelles qui lient ces hommes à Lidia sont relativement inédites et évitent bon nombre de clichés sur les relations entre hommes et femmes. Porté par la poésie puissante du texte de l’autrice, The Chronology of Water examine la surface tumultueuse de l’eau, et plonge en elle au fil d’un voyage intérieur dense, qui manque parfois de variété mais dont l’absence de concessions parvient à impressionner.
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par Nicolas Bardot
