Critique : Lumière pâle sur les collines

Royaume-Uni, 1982. Une jeune anglo-japonaise entreprend d’écrire un livre sur la vie de sa mère, Etsuko, marquée par les années d’après-guerre à Nagasaki et hantée par le suicide de sa fille aînée. Etsuko commence le récit de ses souvenirs trente ans plus tôt, lors de sa première grossesse, quand elle se lia d’amitié avec la plus solitaire de ses voisines, Sachiko, une jeune veuve qui élevait seule sa fille. Au fil des discussions, l’écrivaine remarque une certaine discordance dans les souvenirs de sa mère… les fantômes de son passé semblent toujours là – silencieux, mais tenaces.

Lumière pâle sur les collines
Japon, 2025
De Kei Ishikawa

Durée : 2h03

Sortie : 15/10/2025

Note :

SI JE ME SOUVIENS BIEN

La phrase Lumière pâle sur les collines ressemble au genre de titre en forme de carte postale pleine de clichés dont les films japonais se retrouvent trop souvent affublés par certains distributeurs français (le genre de titre qui pourrait parfois aussi bien coller à un menu de traiteur ou une pub pour un salon de massage). Il n’en est pourtant rien : il s’agit bel et bien là du titre fidèle sous lequel a été publié en France le tout premier roman du célèbre auteur Kazuo Ishiguro.

Lumière pâle sur les collines ne pas fait partie des ouvrages d’Ishiguro à contenir des éléments de science-fiction, le récit se situe au contraire à cheval entre deux époques passées (les années 80 d’un côté, l’après-guerre de l’autre). On y retrouve ce qui constitue l’un des fils rouge de son œuvre, à savoir « l’abîme sous l’illusion que nous avons de notre relation au monde », selon la formulation officielle du comité du Prix Nobel de Littérature. L’illusion, c’est précisément ce qui est au cœur de cette élégante adaptation signée Kei Ishikawa (A Man).

Tout commence pourtant par d’authentiques images d’archives, mais la rigueur documentaire est déjà contrebalancée par un riff rock qui vient presque nous prévenir de ne pas nous fier à l’apparente réalité des souvenirs. Mais ce qui frappe avant tout dans Lumière pâle sur les collines c’est une luxuriante beauté. Quelle que soit l’époque racontée, la remarquable direction artistique riche de détails transforme chaque scène en tableau à explorer, quitte à parfois frôler le catalogue d’ameublement. La dynamique est similaire en ce qui concerne le travail sur la lumière, les couleurs et la composition : au dessus de ce destin familial plein de secrets, les ciels sont presque tous roses et orangés.

Cette beauté a de temps à autre l’air superficielle et menace d’amener le film vers le cul-de-sac d’un confort bourgeois convenu, cela d’autant plus que le récit prend bien son temps pour zigzaguer jusqu’à ses révélations fortes. La patience du spectateur est néanmoins récompensée par un virage narratif qu’on ne révèlera bien sûr pas mais qui ne manque pas de sel. Surtout, ce dernier nous invite à revisiter rétroactivement les apparences trop parfaites de ces beaux souvenirs. Cette conclusion maline aurait pu arriver plus rapidement mais elle vaut le détour.

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par Gregory Coutaut

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