Festival de San Sebastian | Critique : White Flowers and Fruits

Anna a du mal à s’intégrer dans son pensionnant catholique pour filles en raison de sa capacité à voir des fantômes. Sa colocataire, Rika, est son exacte opposée : une élève brillante, populaire et appréciée de tous. Mais lorsque Rika met fin à ses jours, toute l’école est bouleversée, et personne ne l’est plus que sa meilleure amie, Shiori, qui peine à comprendre cette perte. Après avoir découvert le journal de Rika, Anna commence à sentir son esprit se manifester devant elle, s’infiltrant lentement dans son corps…

White Flowers and Fruits
Japon, 2025
De Yukari Sakamoto

Durée : 1h50

Sortie : –

Note :

L’ÉCOLE EMPORTÉE

Dès qu’on entre dans la très sérieuse école catholique de White Flowers and Fruits, on en ressent la singulière atmosphère : c’est ce que notent les protagonistes au tout début du premier long métrage réalisé par la Japonaise Yukari Sakamoto. Cette école est présentée comme un ultimatum pour la jeune Anna, visiblement pas très à l’aise avec ses camarades, et pour tout dire pas très à l’aise avec les vivants. Car Anna possède un don particulier : elle peut voir les morts. La jeune fille arrive dans le décor parfait puisque White Flowers and Fruits est parcouru par les motifs du sous genre particulier qu’est le film de fantômes en école pour jeunes filles. Le premier plan du film nous donne un indice : cette apparition muette, ce voile, cette étrangeté – c’est peut-être une écolière, c’est peut-être déjà un fantôme.

Natte impeccable, économe en paroles, Anna examine les fantômes. Ici un fantôme dans un coin de la pièce, là un spectre en colère : nous ne les voyons pas et sommes bien obligés de la croire. Grâce au sens de l’atmosphère du long métrage, une ombre au mur ne peut pas être qu’une simple ombre au mur. Et lorsque la jeune Rika se suicide, elle ne peut pas avoir simplement disparu – elle est là, parmi nous, comme tous les fantômes. Les variations lumineuses sont autant d’indices de présences fantomatiques, des présences douces comme les différents bleus du long métrage, délicates comme les fruits, les fleurs, les feuilles à l’image. Le fantastique de White Flowers and Fruits n’est pas spectaculaire, mais c’est bel et bien un film fantastique et pas seulement un film à la tension surnaturelle allégorique.

Qu’est-ce que les fantômes ont à nous dire ? Et qu’est-ce que les vivants ont à dire aux fantômes ? Il y a différents langage codés dans White Flowers and Fruits : les confidences du journal intime d’une morte ont quelque chose d’énigmatique, les chorégraphies apprises à l’école ressemblent à une langue secrète. Il faut apprendre une langue particulière pour communiquer avec l’au-delà, il en faut une pour mettre des mots sur la douleur de la perte, du deuil, du manque. Finement évocateur, White Flowers and Fruits se déploie avec une minutieuse lenteur. Le récit se dessine comme un rêve un peu flou, ankylosé : « j’ai ressenti quelque chose mais je ne me souviens pas des détails » entend-on dans le long métrage. Le film est meilleur dans la soustraction : une longue scène du dernier segment qui a des airs de procès rend les choses trop littérales, trop articulées. Dévoilé dans la compétition New Directors à San Sebastian, White Flowers and Fruits fait preuve d’un talent prometteur pour raconter visuellement, laisser de la place au public et explorer l’invisible.

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par Nicolas Bardot

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