Festival de San Sebastian | Critique : Belén

Tucumán, Argentine, 2014 ; Une jeune femme est admise à l’hôpital pour de graves douleurs abdominales, ignorant qu’elle est enceinte. Elle se réveille menottée à une civière et encerclée par la police. Elle est accusée d’avoir provoqué elle-même un avortement et, après deux ans de détention, est condamnée à huit ans de prison pour homicide aggravé. Une avocate de Tucumán se battra pour sa liberté avec le soutien de milliers de femmes et d’organisations, qui s’unissent pour changer le cours de l’histoire. 

Belén
Argentine, 2025
De Dolores Fonzi

Durée : 1h45

Sortie : –

Note :

NOTRE CORPS

Si le premier long métrage en tant que réalisatrice de l’Argentine Dolores Fonzi n’est jamais sorti sur nos écrans, le public français connait cette dernière en tant qu’actrice puisque ces dernières années on a pu la voir entre autres dans El Presidente, Truman ou surtout Paulina dont elle interprétait le rôle principal. C’est d’ailleurs lors de la présentation de ce dernier à Cannes, en 2015, qu’a commencé à germer le projet du film Belén, dont Fonzi ne devait originellement être qu’une interprète (rôle qu’elle conserve ici). A l’époque, cette histoire vraie était encore toute fraiche et secouait la société argentine. Avec une décennie de recul, il faut se pincer extrêmement fort pour croire que les faits ne remontent qu’à 2014 et non à un siècle révolu.

En 2014 donc, une jeune femme arrive aux urgences avec des fortes douleurs abdominales. Quelques minutes après, elle se réveille menottée à son lit d’hôpital, accusée d’avoir cherché à déguiser un avortement illégal. Après deux ans de détention provisoire, elle se retrouve condamnée à huit ans de prison. Les faits glaçants s’enchainent avec une rapidité si choquante qu’on se demande qu’est-ce qui est le plus violent : l’absurdité du jugement ou bien l’apparente banalité de ce dernier. Seule une avocate têtue (Soledad, solidement interprétée par Fonzi) croit en l’innocence de la jeune fille et décide de reprendre le dossier. Avec une bande de collègues, elles vont tenter de faire basculer l’opinion publique pour obtenir sa libération.

Reconstitution de l’enquête en question (davantage que du procès en lui-même), Belén est une excellente réussite qui possède les qualités les plus efficaces des crowd-pleasers facile d’accès (le rythme sans faille, les touches d’humour juste ce qu’il faut) sans les éventuels défauts démagogiques. Dolores Fonzi ne fait certes pas preuve d’énormément de personnalité visuelle dans sa mise en scène, et le générique de fin nous montre comme on s’y attendait les photos de certaines de vraies protagonistes de l’époque, mais peu importe. On pourrait craindre que le sujet vienne tout éclipser dans à un film qui ne cherche pas à prouver sa personnalité par l’image, mais il y a du talent à l’œuvre dans une entreprise ainsi réussie. Si le scénario obéit lui aussi à une recette bien identifiée de lutte collective contre l’injustice, il le fait avec un sacré savoir faire.

Sans manichéisme, le scénario ne fait pas l’impasse sur les clichés trop faciles d’une sororité supposément évidente. Film à suspens qui ne sacrifie jamais ses personnages nuancés en les transformant en simples rouages scénaristiques, Belén semble avoir trouvé la formule d’un cinéma populaire qui ne cède pas à la facilité. Particulièrement applaudi lors de sa première mondiale au Festival de San Sebastian (le public a même applaudi pendant le film), le long métrage semble être prêt, sans cynisme, à enchainer les prix du public mérités partout où il sera montré, ce qui est d’ailleurs déjà le cas au Festival de Biarritz.

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par Gregory Coutaut

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