Critique : Franz K.

De son enfance à Prague jusqu’à sa disparition à Vienne, le film retrace le parcours de Franz Kafka, un homme déchiré entre son aspiration à une existence banale et son besoin irrépressible d’écrire, marqué par des relations amoureuses tourmentées.

Franz K.
Tchéquie, 2025
D’Agnieszka Holland

Durée : 2h07

Sortie : 19/11/2025

Note :

LA METAMORPHOSE

La filmographie de la cinéaste polonaise Agnieszka Holland continue de zigzaguer dans des virages inattendus, à cheval sur les frontières de son pays et des registres cinématographiques, allant de films en costumes classiques et soignés à la fable écologique mordante (l’inédit Pokot) en passant par les séries télé américaines et bien sûr le colossal Green Border, sans doute l’un des films les plus cinglants et éprouvants sur la crise actuelle d’accueil des migrants en Europe. Dans quelle direction rebondir après ce geste politique particulièrement contemporain ? Bien malin qui aurait pu prévoir que Holland allait enchainer avec un biopic littéraire de l’auteur pragois Franz Kafka. ; un choix d’autant plus étonnant que la vie de ce dernier est justement réputée être moins fascinante que son œuvre.

Or ça tombe bien : biopic n’est sans doute pas le terme les plus adéquat pour décrire ce film. Se contenter d’illustrer la chronologie d’une entrée d’encyclopédie aurait en effet témoigné d’un manque d’imagination de la part de Holland et surtout n’aurait pas rendu justice à l’intense singularité de l’œuvre de Kafka. Franz K. évite l’écueil bien trop courant consistant à rendre hommage à un artiste radicalement novateur par le biais paradoxal et navrant d’un film classique et prévisible. Ici, on adapte autant la forme que le fond : le résultat est un kaléidoscope où se superposent différentes époques, langues et narrateurs et où les idées narratives s’alternent comme dans une course de relais.

Musique contemporaine délibérément décalée, soudaines variations de ton, personnages qui s’adressent d’un coup à la caméra… le film fait preuve d’un appétit pour la surprise qui rend agréablement étonnante l’homogénéité et la facilité d’accès du résultat final. En évoquant autant l’homme que son œuvre et le contexte historique dans lequel il a évolué, Holland donne l’impression de couvrir en même temps tous les angles de vue sur Kafka, et pourtant il reste au final une certaine impression de superficialité. Peut-être car parmi les aspects absents de cette prise de vue multiple se trouve justement l’angle de l’analyse littéraire, ou bien parce que les scènes se déroulant à l’époque actuelle au musée Kafka sont accompagnées d’explications un peu trop faciles de la part d’une guide touristique.

Frank K. se situe dans un entre-deux bancal entre générosité et frustration, entre le fantasque et le banal, mais Holland fait néanmoins preuve d’idées fortes. A l’exception d’un bref segment humoristique un peu trop appuyé, les multiples anachronismes du film parviennent à susciter un vertige récurrent, car ils naissent de sources sans cesse différentes (son, montage, ou autre idées dont on vous laisse la découverte). Tout n’était pas passionnant dans la vie de Franz Kafka et le reproche vaut pour le film aussi, mais celui-ci parvient néanmoins à garder une certaine part d’imprévisibilité. Ainsi, une séquence illustrant la nouvelle La Colonie pénitentiaire avec une violence grotesque quasi-digne de Destination finale déboule comme un cheveu sur la soupe telle la plus éclatante surprise du film.

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par Gregory Coutaut

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