Ainara, 17 ans, élève dans un lycée catholique, s’apprête à passer son bac et à choisir son futur parcours universitaire. A la surprise générale, cette brillante jeune fille annonce à sa famille qu’elle souhaite participer à une période d’intégration dans un couvent afin d’embrasser la vie de religieuse. La nouvelle prend tout le monde au dépourvu. Si le père semble se laisser convaincre par les aspirations de sa fille, pour Maite, la tante d’Ainara, cette vocation inattendue est la manifestation d’un mal plus profond …
Les Dimanches
Espagne, 2025
D’Alauda Ruiz de Azúa
Durée : 1h55
Sortie : 11/02/2026
Note : ![]()
J’Y CROIS/J’Y CROIS PAS
Éclairé la nuit lors d’une pyjama party, le crucifix accroché au mur suscite avant tout étonnement et ricanements parmi les jeunes filles dans la première scène des Dimanches. Plus tard, la possibilité d’avoir la foi et pire, le désir d’entrer dans les ordres sont le sujet d’un défi pas très sérieux, forcément ridicule, lors d’une partie de « J’ai jamais / j’ai déjà ». Vouloir être une bonne sœur est nécessairement une lubie saugrenue ; c’est pourtant le désir d’Ainara dans ce long métrage réalisé par l’Espagnole Alauda Ruiz de Azúa (lire notre entretien).
« Il ne faut pas croire tout ce qu’on dit aux enfants », se méfie t-on dans Les Dimanches, comme il faut semble-t-il se méfier de ce que peut dire le prêtre. Mais faut-il croire ce que disent les enfants ? La question se pose pour la famille d’Ainara, qui tombe de son siège lorsque la jeune fille fait part de sa conviction. Ainara ne souffre pas vraiment d’une crise de foi, c’est plutôt sa famille qui est en crise. A travers un glissement finement écrit, Les Dimanches n’est pas tant un film sur le mystère de la foi d’Ainara qu’un film sur la stupéfaction que celle-ci suscite dans son entourage proche.
Si le long métrage montre un certain nombre de confrontations dialoguées (de confidences en disputes), la qualité du scénario Alauda Ruiz de Azúa réside dans sa capacité à dire sans trop expliquer, à ne pas faire s’exprimer ses personnages comme s’ils articulaient un exposé. Les disputes au cinéma peuvent facilement être artificielles – la réalisatrice parvient à leur donner leur nerf incontrôlé et leur cruauté chaotique. Le film sait aussi, de manière vivante, varier ses tonalités, car malgré les tensions, malgré les rancœurs familiales, la vie peut aussi être une comédie.
Ainara (qui, dans une scène où elle semble contempler un miroir, regarde en fait… le mur) est une page blanche sur laquelle se reflètent les émotions fortes des personnages secondaires. L’intériorité de l’une (même si celle-ci se brise lors d’une scène désarmante) met en valeur l’expressivité des autres, et vice-versa. On peut souligner les interprétations remarquables et complémentaires du casting, notamment de Blanca Soroa qui trouve ici son premier rôle et Patricia López Arnaiz (remarquée notamment dans 20.000 espèces d’abeilles). La mise en scène de ce très bon drame se met au service de ses brillant.es interprètes, le tout rehaussé par un scénario qui sait allier un savoir-faire grand public et des saillies cinglantes bienvenues.
| Suivez Le Polyester sur Bluesky, Facebook et Instagram ! |
par Nicolas Bardot
