À la fin des années 1990, une famille de six personnes emménage dans une nouvelle maison sur l’île de Vancouver. Leur dynamique familiale se révèle progressivement à travers ce que vit Sasha, la benjamine. Cette nouvelle vie est interrompue par le comportement de plus en plus dangereux de l’aîné, Jeremy.
Blue Heron
Canada, 2025
De Sophy Romvari
Durée : 1h30
Sortie : 27/05/2026
Note : ![]()
DES BLEUS À L’ÂME
Des rues, un cours d’eau, des quartiers : sur la carte que l’on voit lors du générique de Blue Heron, tout est dessiné et désigné avec précision. Des noms, des couleurs, des formes pour chaque élément du décor. Il y a pourtant quelque chose que personne n’arrive à nommer correctement dans ce premier long métrage de la Canadienne Sophy Romvari : le mal dont serait atteint le fils aîné de la famille. Tout pourrait être ok dans cette famille hongroise partie s’installer au Canada dans les années 90. Tout pourrait être ok mais la spirale dangereuse dans laquelle Jeremy se trouve menace d’aspirer sa famille entière.
Jeremy a un comportement erratique que ses parents peinent à expliquer. Dans leurs discussions, ils passent de l’anglais au hongrois pour ne pas perturber les petites sœurs de Jeremy, mais il n’y a pas de bonne langue pour définir ce dont il souffre – d’ailleurs aucun diagnostic médical ne se montre satisfaisant. Sans réponse, la famille se heurte à un mur d’incompréhension. Elle a en son sein un jeune homme qui peut représenter un danger. Le film de Sophy Romvari, prix du meilleur premier long à Locarno cet été, est-il un récit d’apprentissage ? La cinéaste en déjoue les clichés rassurants : dans Blue Heron, il n’y a guère de puzzle à assembler pas à pas pour accompagner les personnages qui progressent et grandissent. La boite de puzzle est vidée, et les pièces ne vont pas ensemble.
Que faire de ses souvenirs ? L’histoire de Blue Heron est d’inspiration autobiographique. Que faire des souvenirs et des blessures, comment les examiner ? Blue Heron surprend par son parti-pris narratif, ses ruptures, sa manière sensible de s’insérer dans la mémoire, et de ne pas être en surplomb. Le documentaire interroge la fiction et vice-versa : puisqu’il n’y a semble t-il pas d’explication rationnelle, les réponses se trouvent peut-être dans l’expérimentation poétique. Le présent prend le passé par les épaules, peut-être que l’un peut étreindre l’autre si personne n’a d’inspiration pour résoudre les traumas familiaux. Il y a une poignante tristesse et une mélancolie profonde qui se dégagent de Blue Heron lorsque les personnages se résignent, et que les décors paisibles se retrouvent peuplés de fantômes.
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par Nicolas Bardot
