Bishnu retourne dans son village dans l’Himalayaet doit faire face à des pressions familiales croissantes. Les tensions augmentent avec l’arrivée de sa sœur enceinte et Bishnu doit choisir entre se conformer à la tradition ou revendiquer son indépendance.
Shape of Momo
Inde, 2025
De Tribeny Rai
Durée : 1h54
Sortie : –
Note : ![]()
C’EST UNE LEÇON
Dans l’une des scènes d’ouverture de Shape of Momo, une voix-off récite un poème ancestral dont le classicisme semble venir souligner le beauté placide des paysages de l’Himalaya. Or, la suite de la scène nous apprend que cette poésie traditionnelle est en réalité lue à voix haute par un personnage sur une liseuse électronique. L’ironie pourrait être mordante mais elle est plutôt de l’ordre du clin d’oeil. Même chose quand, un peu plus tard, mamie sort de son sac un gadget électrique pour se faire masser. La formule « entre modernité et tradition » est devenu un tel cliché intellectuel qu’on ne devrait plus la trouver dans aucune critique ni aucun film, mais Shape of Momo n’a pas l’air d’en avoir peur.
Son titre va également dans ce sens : après des années passées à la ville, l’héroïne n’arrive plus a reproduire parfaitement la forme particulière des momos, ces raviolis rond que l’on cuisine au Tibet et dans le nord de l’Inde. « De toute façon l’important c’est le goût, non ? » demande-t-elle à sa sœur sans trop y croire. Face à une telle scène, jugée suffisamment fondamentale pour servir de titre au film, on pourrait craindre que la cinéaste indienne Tribeny Rai ait également du mal à doser les archétypes cinématographiques et nous serve une recette sentimentale déjà vue. Heureusement, ce n’est pas tout à fait le cas.
Quand Bishnu revient dans le village de son enfance, son entourage lui rappelle qu’elle a été élevée « comme un fils », sans que l’on sache très bien ce que recouvre une telle formule. Bishnu réemménage avec sa mère et sa sœur, mais si la maison familiale est devenue une maison de femmes, les traditions du monde extérieur ne sont pas devenues plus féministes. Maman accepte de se laisser marcher sur les pieds sans faire de vagues, tandis que frangine tremble à l’idée d’être acceptée par la famille de son mari. Pour les momos comme pour le reste, ce n’est finalement pas le goût qui importe, c’est le respect absurde et rigoureux de la tradition. C’est la perfection ou rien.
Là encore, le constat pourrait être féroce, mais la cinéaste privilégie un ton contemplatif doux-amer. Accessible et subtil, le résultat possède des imperfections en terme de rythme mais fait preuve de surprise en déjouant avec subtilité les clichés que l’on redoutait justement. A travers son héroïne pas toujours aimable qui s’engueule un peu trop facilement avec tout le monde, Shape of Momo a l’honnêteté intellectuelle de montrer que, même parmi de jolis paysages colorés digne d’une carte postale, même dans le cadre d’un drame familial accueillant et rassembleur, le vivre ensemble n’a rien d’évident et que les grandes leçons de vie trop commodes ne peuvent pas se calquer sur la réalité. Le résultat fait ainsi preuve d’une personnalité plus têtue que prévu, tant mieux.
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par Gregory Coutaut
