Dans trois jours, Nino devra affronter une grande épreuve. D’ici là, les médecins lui ont confié deux missions. Deux impératifs qui vont mener le jeune homme à travers Paris, le pousser à refaire corps avec les autres et avec lui-même.
Nino
France, 2025
De Pauline Loquès
Durée : 1h37
Sortie : 17/09/2025
Note : ![]()
ET APRÈS ?
Premier long métrage de la réalisatrice française Pauline Loquès, Nino n’est évidemment pas un film d’horreur, il n’empêche que sa séquence d’ouverture est glaçante à s’en raidir dans son fauteuil de cinéma. Il ne s’agit pas non plus d’un film à suspens, mais l’enchainement expédié et pourtant hasardeux des étapes par lesquelles le protagoniste prend conscience de ce qui l’attend compose un sommet de tension qui vient mettre la misère à tous les drames hospitaliers qui se ressemblent un peu trop. Or, ils ne sont pas nombreux les films qui, comme Nino, donnent en quelques minutes à peine l’impression de s’ouvrir comme une guillotine qui tombe net.
Mais si Nino est éprouvant, c’est moins au sens d’une épreuve à subir que dans celui d’une démarche généreuse : nous faire éprouver énormément de choses. Passé le choc initial, le protagoniste éponyme sort bien vite de l’hôpital pour retrouver son quotidien. En ce sens, il s’agit là de l’inverse d’un film d’hôpital, puisqu’il s’attache justement à tout le hors-champ du diagnostic médical : qu’est-ce qu’on fait avec, et qu’est-ce qu’on fait juste après ? Le récit ne se déroule pas sous nos yeux en temps réel, et pourtant on y croirait presque, tant l’effet d’immersion réaliste est réussi. La réussite en revient à une écriture économe qui vise la limpidité plutôt que le mélodrame.
On se surprend parfois à se demander ce que donnerait le film s’il osait aller justement au bout de son minimalisme, plutôt que de le troquer progressivement pour une structure légèrement plus convenue où s’enchainent les face-à-face entre le protagoniste et des personnages secondaires propices à de chaleureuses leçons de vie. La frontière de l’artificiel n’est néanmoins pas franchie pour de bon, notamment grâce à la performance remarquable de Théodore Pellerin (Prix de la révélation à la Semaine de la Critique). Sa dégaine maladroite et ses grands yeux tristes et habités viennent s’opposer avec bonheur au cliché culturel qui veut les hommes souffrent avec une classe stoïque et des sourcils froncés.
C’est là le visage le plus immédiatement poignant de Nino : son mélange de tendresse délicate et d’incision qui coupe le souffle au moment de nous mettre face à la solitude et à la santé mentale des garçons sensibles. Les spectateurs les plus émotifs ressortiront probablement secoués de ce drame qui glace et embrasse dans le même geste.
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par Gregory Coutaut
