Festival de Varsovie | Critique : En el camino

Veneno, un jeune vagabond rebelle, fréquente les restaurants de bord de route où il couche avec des camionneurs. Ayant désespérément besoin d’un moyen de transport, il rencontre Muñeco, un conducteur dur qui garde ses distances. Il persuade Muñeco de l’emmener au plus profond du monde hyper-masculin du transport routier à long cours à travers le nord du Mexique. Alors qu’ils voyagent ensemble et qu’une intimité inattendue se développe entre eux, des ombres du passé de Veneno ressurgissent, mettant en danger leurs vies respectives.

En el camino
Mexique, 2025
De David Pablos

Durée : 1h33

Sortie : –

Note :

ON A PARCOURU LE CHEMIN

Le réalisateur mexicain David Pablos s’était fait repérer à Cannes avec son précédent film, Las Elegidas, sélectionné à Un Certain Regard. C’était en 2015, et le long métrage avait vu sa sortie française annulée bien qu’il ait remporté cinq des seize Ariel (les Oscars mexicains) auxquels il était nommé, avant finalement d’atterrir sur Netflix des années plus tard. Dix ans après ce rendez-vous manqué avec le public français, le cinéaste vient mettre un terme à une décennie de quasi absence à signer des clips musicaux et projets pour la télévision en signant un nouveau long métrage de cinéma qui fait sa première mondiale à la Mostra de Venise.

C’est dans un terrain connu du cinéma mexicain que l’on retrouve Pablos. Cette familiarité est un peu celle du décor, les autoroutes à pertes de vue et les aires de repos où se déroulent toute sortes de magouilles, mais c’est surtout celle de la violence. La brutalité physique reste ici hors champ et En el camino demeure accessible même à un public sensible à la question, mais elle reste néanmoins fortement suggérée. Certes on ne voit pas à proprement parler à l’image tel personnage se faire brûler vif ou tel autre se faire castrer à coup de couteau, mais ces scènes occupent néanmoins une place non négligeable.

Dans l’univers exclusivement masculin des conducteurs de poids lourds, les femmes n’ont guère d’autres options que de se prostituer, et les homosexuels n’ont pas davantage de choix. Tel est le cas de Veneno, adolescent qui enchaîne les passes avec les routiers. Là encore, les rapports sexuels sont si tendus qu’ils ressemblent moins à des câlins qu’à des affrontements, et si la nudité masculine est fréquente à l’image, le ton général n’est pas à l’excitation. A cet égard, regarder En el camino c’est parfois avoir l’impression de faire un mini voyage dans le temps vers l’époque (il y a justement une dizaine d’année) où dans la lignée des premiers films de Michel Franco, la majeure partie des films chocs mexicains semblaient avant tout vouloir être éprouvants envers leurs personnages, et parfois leurs spectateurs. Las Elegidas était très représentatif de ce mouvement, En el camino possède en revanche un peu plus de respirations.

La première est due au chatoyant habillage visuel apporté par la chef opératrice Ximena Amann, qui excellait déjà l’an dernier dans Hijo de sicario. Sa photo transforme ce désert en délicieuse nuit de néons. L’autre respiration, c’est celle de la romance inattendue qui nait entre Veneno et Muñeco, un camionneur hétéro pas commode qui le prend en stop. Les sentiments contrariés et malmenés qui naissent entre eux évoquent alors le souvenir d’un autre film sud-américain dévoilé à la Mostra : le Vénézuélien Les Amants de Caracas, qui avait remporté l’Ours d’or il y a pile dix ans (décidément). En el camino donne l’impression frustrante d’arriver un peu tard après la bataille, mais David Pablos sait amener son récit vers un dénouement touchant et satisfaisant.

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par Gregory Coutaut

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