Festival de San Sebastian | Critique : The Ivy

Azucena, une femme de 30 ans, espionne les adolescents d’un foyer. Dans leurs jeux et leur sens de la fraternité, elle cherche des fragments de son propre passé, poussée par un événement traumatique qui a marqué son adolescence et l’a laissée suspendue dans le temps. Son intérêt se concentre particulièrement sur Julio, un garçon de 17 ans. Bien que leurs mondes sociaux soient très éloignés, leurs blessures, leurs rires partagés et la découverte de l’autre guident leur voyage œdipien vers les rochers d’un volcan. Là, loin de tout, ces deux personnages marqués par l’absence se transforment en quelque chose d’autre.

The Ivy
Equateur, 2025
D’Ana Cristina Barragan

Durée : 1h35

Sortie : –

Note :

QUE VEUX-TU

Azucena mate des adolescents. Campée à la sortie de leur pensionnat, elle les espionne dans leurs discussions quotidiennes et leurs éclats de rire. Poussée par on ne sait trop quel désir, elle tente même maladroitement de se joindre à leurs jeux encore enfantins. Azucena se comporte presque comme un vieux pervers, mais c’est une jeune femme pas vraiment beaucoup plus âgée que ce groupe de jeunes, et la gêne étrange qu’elle dégage rend ses motivations complètement floues à nos yeux comme à ceux des autres personnages. Est-ce une illuminée qui se prend pour une ado ? Tente-t-elle de draguer le chef de la bande ? A-t-elle un plan derrière la tête en s’approchant particulièrement de ce dernier ?

La cinéaste équatorienne Ana Cristina Barragán possède l’art de faire flotter sur ses films une étrange tension. En effet, il ne se passe a priori rien de très grave dans cette rencontre. Ces ados ont des occupations bien innocentes pour leur âge et après quelques moqueries, ils finissent même par accueillir Azucena comme l’une d’entre eux. Pourtant tout est nerveux à l’image : l’absence de tout contexte explicatif, les plans rapprochés sur les visages interloqués, et même les ralentis. Ainsi, une simple scène où elle se contente de couper les cheveux d’un garçon donne l’impression de pouvoir exploser vers n’importe quelle direction choc. Comme dans le précédent film de la réalisatrice (La Piel pulpo, également présenté à la Mostra), il n’y a pas d’explication psychologique, juste des pulsions.

Cette précieuse ambiguïté, qui transforme ce drame en suspens énigmatique, est autant l’œuvre de la réalisatrice que celle de l’actrice, particulièrement brillante. Déjà repérée dans La Région sauvage, la Mexicaine Simone Bucio apporte un mélange de fragilité et d’inquiétude avec son visage à la fois enfantin et épuisé. La deuxième moitié du film vient répondre à la plupart des questions posées par le début, d’une manière qu’on ne révèlera pas. Cette évolution vers un récit sans doute plus accessible montre que la réalisatrice sait doser mystère et non-dit sans pour autant perdre la main de ses personnages (qui deviennent de plus en plus poignants) et de son public.

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par Gregory Coutaut

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