Albert Bacheret est un père dévasté par la disparition inexplicable de sa fille de huit ans. Alors que la police semble incapable de résoudre l’affaire, il décide de mener sa propre enquête et reçoit l’aide inattendue de Sayoko, une énigmatique psychiatre japonaise. Ensemble, ils kidnappent des responsables du « Cercle », une société secrète. Mais chaque nouvel indice mène à un nouveau suspect qui présente toujours une version différente des faits…
La Voie du serpent
France, 2024
De Kiyoshi Kurosawa
Durée : 1h52
Sortie : 03/09/2025
Note : ![]()
DU VENIN DANS LES VEINES
Cinéma d’horreur, fantastique, science-fiction, polar, film noir, drame, film historique, parfois même des touches de comédie ou de western : nommez un genre et celui-ci se trouve quelque part dans la filmographie passionnante du Japonais Kiyoshi Kurosawa. La Voie du serpent pourrait ressembler à une exception en termes de versatilité car il s’agit du remake… d’un de ses propres films : Le Chemin du serpent, réalisé à la fin des années 90 pour le marché vidéo et resté inédit dans les salles françaises. Même le fait d’avoir tourné cette nouvelle version en France n’est pas complètement inédit dans son cinéma puisque Kurosawa avait déjà déplacé ses fantômes dans une banlieue parisienne avec Le Secret de la chambre noire.
Mais l’une des forces de Kiyoshi Kurosawa réside en sa touche unique qui rend singuliers la plupart de ses projets. Le film de yakuza original laisse place à un film noir dans un décor parisien banalement réaliste : des rues un peu vides, les vestiaires d’une salle de sport et… une usine abandonnée qui ressemble au théâtre absolu de nombre de ses films. Mais par la force de sa mise en scène, par la tension que le remarquable travail sur la lumière injecte dans chaque plan, une vibration étrange vient brouiller le réel dans La Voie du serpent : tout se passe dans notre monde, et tout se déroule dans un autre monde, où ce qui est extérieur à l’intrigue est réduit à son strict minimum. Des personnages se confrontent, dans des lieux dénudés. Le drame et le suspens seront construits à partir de ces outils minimalistes.
Le fille du héros (interprété de manière convaincante par Damien Bonnard) a été massacrée, et celui-ci cherche à se venger. Il est aidé dans sa tâche par une femme mystérieuse, incarnée avec un charisme magnétique par Kō Shibasaki (qu’on avait pu découvrir au tout début de sa carrière il y a une vingtaine d’année dans Battle Royale). Ensemble, ils vont chercher où peut bien se cacher la vérité, mais les affaires se corsent. « Peu importe ce qu’ils racontent, notre objectif ne change pas ». Est-ce bel et bien la vérité qui guide les pas des protagonistes ? Quelle perversion caractérise les suspects, quelle perversion les lie entre eux, quelle perversion motive les actions des deux héros ? Cette noirceur morale semble contaminer les personnages un à un – et l’on sait que le thème de la contamination et l’un des motifs du cinéma de Kurosawa.
Pendant que la vengeance suit son cours, un aspirateur-robot imperturbable balaie le sol. Les consciences sont davantage secouées dans La Voie du serpent. Et si l’écriture est épurée, on ne peut pas réduire le long métrage à un simple exercice de style, si brillant soit-il. La composition des personnages apporte par exemple une imprévisibilité et une dynamique efficace au long métrage. La mise en scène leur laisse de la place, comme lorsque Kurosawa, de façon à la fois audacieuse et réussie, choisit de filmer les confrontations dans un même cadre plutôt qu’en utilisant de manière attendue le champ/contrechamp. Les virages narratifs de La Voie ne sont peut-être pas tous suffisamment huilés, mais il y a un séduisant venin dans ces nuits oranges, ces tourments sombres et ces questions ambiguës.
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par Nicolas Bardot
