Katya, 8 ans, passe l’été avec ses grands-parents dans la campagne russe. Le temps semble s’arrêter, les adultes restent silencieux, et une guerre en arrière-plan détruit des vies. Pendant ce temps, les enfants grandissent et les nuages passent.
Short Summer
Allemagne, 2025
De Nastia Korkia
Durée : 1h41
Sortie : –
Note : ![]()
ÉTÉ SUSPENDU
Une lumière se reflète dans l’herbe tandis que la voiture roule sur la route. Le cadre pourrait être idyllique : c’est celui, champêtre, d’une maison de campagne. Une maison qui, selon les quelques premiers indices, semble être sans visiteurs depuis un moment. Katya a 8 ans, c’est l’été chez ses grands-parents. C’est l’été d’une petite fille : c’est donc un temps estival distendu à hauteur d’enfant que la réalisatrice d’origine russe, Nastia Korkia, désormais basée entre la France et l’Allemagne, parvient à saisir avec délicatesse. Les transitions sont paisibles, on cueille des champignons dans la forêt et personne n’élève la voix – pour le moment.
Pourtant, par son puissant talent de suggestion, qu’il s’agisse de sa mise en scène expressive ou de son écriture elliptique, Nastia Korkia réussit à faire ressentir ce qui n’apparaît pas dans le cadre. Dans Short Summer, dévoilé en première mondiale à Giornate degli autori, les plans sont longs, immersifs et vivants, les troupeaux de vaches apparaissent, les enfants vont et viennent. La lumière est remarquable, la brillante composition du cadre intègre la nature avec une émouvante force picturale. On sent qu’il y a dans la famille une absence pesante, on sent aussi qu’évidemment quelque chose se trame au-delà de la maisonnette. On ne sait pas tout, comme une enfant ne sait pas tout d’une situation qui ne concernerait que les adultes.
Le ciel placide est traversé par des avions – mais pas des avions de tourisme. Un convoi passe sur des rails, et transporte des véhicules de guerre, des tanks qui roulent à travers la campagne tandis que les enfants jouent au football sans s’en soucier. Sans s’en soucier, vraiment ? Nastia Korkia, avec une grande finesse, capte l’imperceptible, capte ce que les enfants comprennent même s’il ne s’agit que d’une discussion chuchotée, un non-dit, une annonce à la radio. Si le film conserve une partie de ses mystères, il dépeint néanmoins le contrechamp de la guerre, une guerre qui fait partie du quotidien de Katya et de sa famille. Un fantôme de la guerre plane, à l’image de la présence fantomatique suggérée par les derniers plans. Même lorsque la cinéaste filme une agression de loin, celle-ci est presque tranquille, silencieuse, et pourtant brutale. Tout est dans le cadre, de droite à gauche, de haut en bas, à travers la profondeur de champ. Tout est là, et tout est à côté en même temps dans ce film qui révèle une grande réalisatrice.
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par Nicolas Bardot
