Le one-woman show de la comédienne Noam Shuster-Eliassi aborde le conflit israélo-palestinien et la lutte pour l’égalité, confrontant le public à des vérités inconfortables à mesure que sa quête de coexistence commence à sembler absurde.
Coexistence, My Ass!
Etats-Unis, 2025
D’Amber Fares
Durée : 1h35
Sortie : –
Note : ![]()
LE RIRE EST MON REFUGE
Coexistence, my Ass! est à l’origine le titre d’un seule-en-scène de la comédienne israélienne Noam Shuster-Eliassi. La présenter comme comédienne n’offre peut-être pas d’elle le portrait le plus adéquat car rien ne destinait cette dernière à faire carrière dans l’humour. Fille d’une mère iranienne et d’un père roumain, Shuster-Eliassi a grandi dans l’unique communauté de son pays où Israéliens et Palestiniens vivent ensemble de leur propre gré. Un village utopique isolé en plein désert, que l’on découvre à travers des images d’archives où enfants se tiennent la main comme dans un clip humanitaire de Michael Jackson. Rapidement devenue le symbole d’une génération future bâtie sur la paix et la fraternité, la charismatique fillette a grandi en serrant la main d’Hilary Clinton, Jane Fonda ou le Dalaï-Lama, avant de se retrouver ambassadrice à l’Onu.
Si elle se produit aujourd’hui sur des scènes de stand-up dans des caves plutôt que face aux caméras des plus grands journaux télévisés, c’est tout simplement que son idéal de coexistence pacifiste n’a abouti a rien. Comme elle le dit elle-même avec un humour auto dépréciatif féroce, on prête davantage attention à ce qu’elle dit quand elle parle du conflit israélo-palestinien via des provocations et un humour très noir que via des discours pleins de bonnes volonté. La preuve ? Son one woman show est né d’une commande de l’université de Harvard, rien que ça. Ce décalage pourrait être déprimant, mais cette femme a de l’énergie à revendre et transforme l’absurdité et la colère en punchlines qui claquent.
Réalisé par la cinéaste libanaise et canadienne Amber Fares, le documentaire Coexistence, my Ass! suit en parallèle trois pistes. Tout d’abord une captation partielle du spectacle de Shuster-Eliassi, qui offre au film ses moments les plus directement hilarants mais aussi ses propositions de mise en scène les plus limitées (les nombreux instants où la caméra se pose sur les visages hilares ou émus des spectateurs sont un peu lourds). Parallèlement, le documentaire retrace la folle vie de cette héroïne hors du commun, racontée par elle-même avec un humour vache. La troisième partie documente avec sérieux ses actions et réactions face aux événements tragiques de ces derniers mois.
Majoritairement composé d’images captées sur le vif (d’abord surtout sur scène, puis de plus en plus au cœur de manifestations violemment réprimées), Coexistence, my Ass! est un documentaire à la forme visuellement plutôt limitée. Sa réussite réside davantage dans sa manière gonflée d’oser, à l’image de son héroïne, les mélanges interdits. La comédienne et la réalisatrice trouvent en effet l’équilibre juste pour que les moments vraiment marrants ne viennent jamais éclipser la gravité des événements évoqués, et pour analyser avec honnêteté la position à la fois privilégiée et risquée de Shuster-Eliassi. Le résultat se révèle particulièrement facile d’accès en dépit de la complexité du sujet.
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par Gregory Coutaut
