Festival de Sarajevo | Critique : Stars of Little Importance

Un frère et une sœur reviennent passer Noël dans leur petite ville d’enfance. Leurs anciens amis et amants organisent une fête de retrouvailles très arrosée. Rien n’est plus comme avant mais tout va bien quand même, n’est-ce pas ?

Stars of Little Importance
Hongrie, 2025
De Renátó Olasz

Durée : 1h23

Sortie : –

Note :

NOS RETROUVAILLES

Dans un bar privatisé mais très généreusement approvisionné en bières et alcools forts, une bande de trentenaires fête le retour au village de deux d’entre eux partis vivre à la capitale. Depuis combien de temps ne s’étaient-ils pas vus ? Peu importe. La différence entre rats des villes et des champs est visible d’emblée. Nul n’ose aborder cette évidence qui fait pourtant tâche, et chacun rivalise de déclarations avinées pour tenter de croire que tout va aussi bien qu’avant et que les idéaux d’adolescence brillent toujours au firmament. Mais dans le noir de cette nuit hivernale, les seules étoiles à l’horizon sont celles des pauvres guirlandes en carton au dessus du comptoir.

Plus les verres s’enchainent plus les serments d’amitiés deviennent amers et il faut avoir une tolérance assez haute pour les beugleries de gaillards bas du front que l’alcool rend encore plus beaufs et mauvais. Stars of Little Importance a beau ne pas être bien long (à peine plus d’une heure et quart), une sacrée partie est consacrée à nous forcer à assister aux considérations sexistes et tentatives d’agression de ces sales mecs. Est-on censé les trouver attachants ou au contraire pathétiques ? Le flou qui persiste sur le point de vue que le cinéaste hongrois Renátó Olasz pose sur ses personnages (notamment les personnages féminins, plus ambigus que les autres) est à la fois un frein et un moteur de cette immersion dans une soirée qu’on rêverait plutôt de fuir. Mais les personnages eux-mêmes semblent incapables de fuite : chaque fois que l’un d’entre eux quitte le bar, il finit bizarrement par y revenir comme s’il n’y avait pas d’échappatoire.

Derrière un noir et blanc convenu et néanmoins élégant, la mise en scène vient justement prendre en compte cette dimension anxiogène. Le huis-clos est régulièrement interrompu par des plans muets et vertigineux où la caméra traverse en boucle les rues d’un village anormalement désert, même pour la nuit de Noël, soit une citation quasi-exacte des premières scènes des Harmonies Werckmeister de Béla Tarr et Ágnes Hranitzky. Comédien signant ici son premier long en tant que réalisateur, Renátó Olasz ne fait peut-être pas encore assez preuve de folie esthétique pour se permettre un clin d’œil si gonflé (même si ces scènes au bord du voyage dans le temps sont clairement les plus belles du film) mais le générique de fin nous apprend que Tarr est producteur de Stars of Little Importance. Imparfaite et pas toujours très aimable, cette comédie dramatique fait néanmoins preuve d’un potentiel ambitieux.

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par Gregory Coutaut

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