May, une Coréenne d’une trentaine d’années, se retrouve soudain seule après une rupture inattendue. Alors qu’elle erre dans Berlin en insomniaque, les souvenirs de sa jeunesse à Séoul refont doucement surface. The Plant from the Canaries est le portrait contemporain d’une femme ballottée entre les époques, les identités et les doux changements du quotidien.
The Plant from The Canaries
Allemagne, 2025
De Ruan Lan-Xi
Durée : 1h06
Sortie : –
Note : ![]()
LA DISCRETE
C’est l’hiver à Berlin. Dans les rues pas particulièrement chaleureuses de la capitale, May est à la recherche d’un nouveau départ. On le comprend rapidement, elle s’est récemment séparée de son fiancé et n’a pas spécialement la possibilité d’être accueillie de retour dans sa famille en Corée. Rien de très grave, mais rien de très facile non plus. Ce n’est pas tant que May soit plus courageuse ou au contraire plus insouciante que les autres, c’est plutôt que la politesse la pousse toujours à traverser le quotidien en gardant ses opinions pour soi, en ne laissant rien paraitre de son ressenti. Qu’un inconnu l’invite à danser ou qu’un voisin lui file un coup de main, difficile de savoir si son sourire pincé indique une timidité gênée où au contraire l’art délicat de se retenir de mettre des claques à tout le monde.
L’actrice Hyeonsu Jung fait merveille rien qu’avec son visage pour épouser cette ambiguïté de ton. Les journées de May s’enchainent en effet entre souvenirs mélancoliques évoqués en voix off, promenade paisibles avec sa meilleure amie (enfin, paisible à condition que personne ne cherche à gâcher les premiers rayons du soleil par une tentative de suicide), et mésaventures à la con. Conservant tant bien que mal son stoïcisme face à des micro agressions racistes autant que face à des scénarios d’une maladresse pathétique (et si je perdais l’unique jeu de clé de mon appartement la veille de Noël ?), May émeut et fait rire dans le même geste. Quand elle ose enfin élever la voix et dire à son ex qu’elle a envie de lui casser la gueule, le cut brutal qui nous montre que la scène n’était qu’un rêve est d’ailleurs d’une délicieuse cruauté.
Première réalisation de la cinéaste et photographe chinoise basée à Berlin Ruan Lan-Xi, The Plant from the Canaries s’inscrit dans le charmant héritage des vignettes douces-amères sur la solitude à la Rohmer et Hong Sangsoo. Les couleurs ternes de Berlin n’aident certes pas à apporter au film l’éclat visuel qui lui manque parfois et les scènes d’intérieur sont parfois bien sombres, mais ce portrait tout bref (à peine plus d’une heure) se révèle être à l’image de son héroïne : sous des airs inoffensifs se cachent davantage d’aspérités attachantes qu’il n’y parait, tant mieux.
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par Gregory Coutaut
