Festival de Locarno | Critique : Donkey Days

Deux sœurs, Anna et Charlotte, se sont toujours disputé l’attention de leur mère. Alors que de vieilles blessures se rouvrent et les ramènent à la maison familiale, elles découvrent des secrets bien gardés, comme les cendres d’un anonyme et l’amour de leur mère pour un âne. Parviendront-elles à se réconcilier ?

Donkey Days
Pays-Bas, 2025
De Rosanne Pel

Durée : 1h48

Sortie : –

Note :

A MA SOEUR

On pénètre dans l’incroyable première séquence de Donkey Days comme on ferait connaissance d’une nouvelle belle-famille un peu trop joyeuse pour être honnête, en essayant d’analyser et comprendre rapidement les tensions non-dites et les rapports hiérarchiques existant entre les différentes membres. C’est d’ailleurs à peu près ce qui est en train d’arriver à Anna, qui présente pour la première fois sa conjointe à sa sœur et sa mère. Tout le monde se sourit poliment mais ladite conjointe est rapidement reléguée à la périphérie : Anna, sa sœur Charlotte et leur mère ont clairement plein de ressentiments non résolus qu’elles n’ont pas fini de se renvoyer à la figure l’air de rien.

Mais voilà qu’à peine commencée, la scène est terminée et on enchaine tout de suite sur autre chose. La cinéaste néerlandaise Rosanne Pel (repérée à Premiers Plans en 2019 avec Light as Feathers) utilise une mise en scène qui n’a rien de tranquille. Le grain de l’image est brut, le montage aussi, chaque plan est nerveusement court et la caméra passe d’un personnage à l’autre comme pour appeler au secours ou tenter de croiser enfin le regard complice d’une personne saine d’esprit. Celles et ceux qui se demandaient quel héritage pouvait bien avoir laissé le cinéma Dogme radical des années 90 devraient regarder dans la direction de Donkey Days, mais le film n’a de toute façon qu’une seule envie : suivre sa propre voie.

Sur le papier, le récit de Donkeys Days pourrait donner lieu à n’importe quel drame familial anonyme ou même à une saga de l’été sans ambition : deux sœurs rivales doivent préparer ensemble la fin de vie de leur mère. Aucune réconciliation trop facile n’est pourtant au programme de ce film intense qui passe du drame brutal à la farce malaisante (souvent dans la même scène) et qui n’a que faire d’être lisse ou facilement aimable. Envers ses personnages, Rosanne Pel est cruelle mais aussi généreuse : ces trois femmes-là sont parmi les personnages les plus bizarres et intéressants qu’on ait vu sur grand écran ces derniers temps. Après tout, passer tout un film à se demander si tous les protagonistes sont tarés ou non est une expérience de plaisir grinçant rare.

Pel utilise la même recette avec nous, public. Donkey Days n’a pas uniquement pour but de nous faire tourner en bourrique, cette plongée quasi subjective dans le labyrinthe des liens familiaux est d’une honnêteté sans concession sur le chaos pathétique qui peut régir nos interactions les plus banales. Donkey Days nous met dans la même position qu’un.e conjoint.e se retrouvant à assister à l’engueulade absurde et disproportionnée de sa belle-famille : parfois étouffante sur la longueur, cette expérience impudique et sans concession témoigne d’une sacrée personnalité de cinéaste.

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par Gregory Coutaut

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