Festival de Sarajevo | Critique : Fantasy

Mihrije, Sina et Jasna sont trois amies d’une vingtaine d’années vivant en Slovénie. Garçons manqués, elles refusent de se conformer au système conservateur dans lequel elles vivent. Leur monde bascule lorsqu’elles rencontrent Fantasy, une femme transgenre. Elles se lancent ensemble dans une exploration des complexités de genre, du désir et de la découverte de soi.

Fantasy
Slovénie, 2025
De Kukla

Durée : 1h38

Sortie : –

Note :

TOUT BASCULE

On ne peut pas dire que la fantaisie règne dans le quotidien de Mihrije, Sina et Jasna. Les trois adolescentes habitent dans une même barre d’immeuble gigantesque qui bouche leur horizon. Ce dernier ne les attend pas à bras ouverts de toute façon : quand on est une jeune fille, il y a certains comportements à respecter et personne autour d’elles ne manque une occasion de leur rappeler. « Conduis-toi comme une femme, reste discrète » (et autres formules qui emprisonnent) constituent leur quotidien. Même chercher à intégrer des bandes de mecs, leurs équipes de basket et leurs bastons pour un rien, ne constitue pas une garantie de porte de sortie.

Elles sont pourtant prêtes à voir leur monde basculer, comme en témoigne la première scène du film tournée par une caméra retournée. C’est comme en réponse à ce désir inconscient que débarque justement dans leur vie la fantaisie, ou plutôt Fantasy. Fantasy est une jeune femme légèrement plus âgée qu’elles, qui détonne dans le béton environnant rien que par son style vestimentaire coloré, mais surtout par sa manière fière de ne jamais s’excuser d’être là et d’avoir l’air heureuse.

Les points sont laissés suffisamment en filigrane sur les i pour que cela passe sans doute au dessus de la tête de certain.e.s spectateur.ices, mais les trois jeunes héroïnes semblent toutes plus où moins se situer sur un spectre queer. Quant à Fantasy, son identité trans est déjà plus clairement dite. La rencontre entre ces quatre filles est filmée comme un véritable coup de foudre avec ralentis et regards troublés qui se retournent, mais ce n’est pas une histoire d’amour que raconte ce film. Encore plus qu’une histoire d’amitié, Fantasy raconte une transmission : celle du droit à être soi-même que seules peuvent nous transmettre d’autres rôles modèles queer.

Fantasy a beau avoir la même fonction qu’une fée ou qu’une marraine magique, le film ne se transforme jamais en conte naïf, et le parcours vers la libération ne sera le même pour aucune de ces héroïnes. Pour son premier film, la réalisatrice slovène Kukla opte pour une trame scénaristique de récit d’apprentissage somme toute classique, et sa prévisibilité relative participe à souligner les longueurs et problèmes de rythme de l’ensemble. C’est sur le plan visuel que Kukla fait en revanche preuve d’idées plus percutantes et prometteuses, comme lorsqu’elle signe des visions baignées de lumières oniriques, des coups de poings filés directement dans la caméra ou encore cet écran violet (couleur non-genrée par excellence) qui ouvre le film.

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par Gregory Coutaut

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