Critique : Le Pays d’Arto

Céline arrive pour la première fois en Arménie afin de régulariser la mort d’Arto, son mari. Elle découvre qu’il lui a menti, qu’il a fait la guerre, usurpé son identité, et que ses anciens amis le tiennent pour un déserteur. Commence pour elle un nouveau voyage, à la rencontre du passé d’Arto : invalides des combats de 2020, vétérans de guerre, hantises d’une guerre qui n’en finit jamais. Une femme court après un fantôme. Comment faire pour l’enterrer ? Peut-on sauver les morts ?

Le Pays d’Arto
France/Arménie, 2025
De Tamara Stepanyan

Durée : 1h44

Sortie : 31/12/2025

Note :

NOS VIES SECRÈTES

Que connaît-on du cinéma arménien contemporain ? Peu d’images circulent jusqu’à nos grands écrans, même en festivals, et le pays demeure presque une sorte de terra incognita pour la plupart des spectateurs. Aussi, lorsque débute Le Pays d’Arto, on se retrouve en quelque sorte dans la même position que son héroïne. Céline (Camille Cottin) se rend en Arménie pour la toute première fois, ce que son chauffeur de taxi remarque illico à la manière dont elle scrute le moindre bout de paysage par la fenêtre. Elle a tout ou presque à découvrir de ce pays. Elle n’est pourtant pas venue en touriste mais avec une mission administrative : retrouver l’acte de naissance de son mari Arto récemment décédé, afin que leur fils puisse hériter de sa nationalité.

L’affaire serait déjà suffisamment corsée comme ça si Céline découvrait uniquement l’ancienneté labyrinthique des archives locales ou l’absurdité des coutumes administratives du cru. Or, elle réalise rapidement que son mari lui a toujours caché sa véritable identité et sa culpabilité liée au conflit armé des années 90. Céline se retrouve donc avec en héritage un bagage sacrément complexe à porter sur les épaules : que faire d’un fantôme aussi encombrant ? Présenté hors compétition en ouverture du Festival de Locarno, Le Pays d’Arto parvient à éviter plusieurs pièges, à commencer par celui de faire passer le mal-être de son héroïne française devant celui des principaux concernés. Au fil de son enquête, l’héroïne rencontre en effet des anciens combattants et des jeunes militants, autant de personnages secondaires qui prennent de plus en plus d’importance au fil du récit.

La réalisatrice arménienne Tamara Stepanyan (primée à Busan en 2021 pour le documentaire Village de femmes, sorti directement en VOD en France) raconte cette leçon d’histoire avec une grammaire cinématographique toute simple. C’est sans doute dans cette absence d’éclats inattendus que réside la limite de ce drame au demeurant très facile d’accès. Dosant le romanesque avec sobriété (des jolis paysages mais pas trop, de la métaphore juste ce qu’il faut) Stepanyan reste le plus souvent dans un entre-deux dont la mise en scène manque souvent d’un petit quelque chose de plus unique, mais elle sait maintenir le cap d’un fil narratif efficace jusqu’à la réconciliation finale.

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par Gregory Coutaut

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