Agnes et Nora voient leur père débarquer après de longues années d’absence. Réalisateur de renom, il propose à Nora, comédienne de théâtre, de jouer dans son prochain film, mais celle-ci refuse avec défiance. Il propose alors le rôle à une jeune star hollywoodienne, ravivant des souvenirs de famille douloureux.
Valeur sentimentale
Norvège, 2025
De Joachim Trier
Durée : 2h13
Sortie : 20/08/2025
Note : ![]()
Y A DES SILENCES QUI DISENT BEAUCOUP
Etre sentimental, c’est la nouvelle manière d’être punk. C’est ce que le cinéaste norvégien Joachim Trier a déclaré à Cannes pour accompagner son dernier film, couronné du Grand Prix. Le cinéma de Trier a toujours possédé une dimension romanesque entre les lignes, mais cette nouvelle œuvre n’y va effectivement pas de main morte sur les sentiments, les bons, les grands, ceux qu’on tait tant bien que mal. Contrairement à ce que promet ce slogan peut-être humoristique (quoique, faut-il attendre de l’humour de la part d’un cinéaste qui, telle une diva, a remercié ses fans lors de la cérémonie de remise des prix ?), il n’y a rien de punk dans Valeur sentimentale. Ce n’est pas un défaut du tout, mais appelons un chat un chat. Ce drame familial plein de non-dits, secrets et ressentiments cachés évoque au contraire une version embourgeoisée et confortable du cinéma de Trier. A chaque palais de juger si ce plat riche en sauce convient à son appétit.
Qu’est-ce qui fait qu’un film est bourgeois ? Cela n’a ici rien à voir avec le niveau de vie des personnages ou avec les sommes dépensées derrière la caméra (même si les spectateurs français s’amuseront de l’absurdité de voir un personnage de cinéaste norvégien radical recevoir ici un hommage au Festival de… Deauville). Il s’agit plutôt d’un état d’esprit privilégiant presque à outrance le confort du familier et du déjà vu cinématographique. Valeur sentimentale fait régulièrement référence à l’œuvre de Bergman, mais le cinéaste suédois ici est plus utilisé comme référence dans le récit que comme modèle de mise en scène. Le film de Trier ne ressemble jamais vraiment a du Bergman (pas même à l’un de ses films les plus accessibles tel Sonate d’automne) – ce mélo bâti sur des jeux de miroirs entre la vraie vie et le théâtre ou le cinéma, où des actrices jouent des actrices, évoque plutôt l’écho d’Almodovar, le grain de folie en moins.
Pour décrire le film de Sergei Loznitsa également présenté en compétition à Cannes, le néologisme « monologue porn » nous était venu à l’esprit. Il conviendrait également parfaitement à Valeur sentimentale, malgré la différence radicale entre les deux films. Ici, dès qu’un personnage est filmé plein cadre, on se retrouve face à deux options : soit il ou elle va se lancer dans un monologue révélateur la larme a l’œil, soit il ou elle va se murer (toujours la larme a l’œil) dans un silence lourd de sous-entendus. Pour rééquilibrer plaisamment cette recette plus ou moins prévisible, on peut néanmoins compter sur un trio d’ interprètes investis et talentueux : Renate Reinsve, Stellan Skarsgård et la quasi inconnue Inga Ibsdotter Lilleaas. Derrière la voix off et le piano ronronnant jusqu’à se faire berceuse, la qualité de leur performance demeure crédible et touchante.
| Suivez Le Polyester sur Bluesky, Facebook et Instagram ! |
par Gregory Coutaut
