Festival de Karlovy Vary | Critique : Fucktoys

Une jeune femme apprend par plusieurs médiums qu’une malédiction plane sur elle. Pour s’en débarrasser, elle doit obtenir mille dollars et sacrifier un agneau. Ainsi commence sa vibrante chevauchée nocturne à travers les rues industrielles  de Trashtown.

Fucktoys
Etats-Unis, 2025
D’Annapurna Sriram

Durée : 1h47

Sortie : –

Note :

CHAOS MORAL

Débarrassons-nous immédiatement de ce qui constitue à nos yeux le principal problème de Fucktoys : son rythme souvent bien plus nonchalant que pétaradant, et sa durée qu’on imaginerait bien raccourcie un bon coup. Maintenant que c’est dit, Fucktoys donne envie de sortir de la séance et d’immédiatement couronner la réalisatrice américaine Annapurna Sriram comme étant la fille la plus cool qui soit. Le catalogue de références artistiques, des trouvailles scénaristiques et de conneries qu’elle déploie dans son premier film (où elle joue d’ailleurs le rôle principal avec une bonne dose de charisme) témoigne du meilleur mauvais goût possible.

L’action se déroule dans un bidonville industriel supposé être une ville nommée Trashtown et qui évoque d’emblée Mortville, la ville de Desperate Living. La pimpante héroïne au look mi-Brigitte Bardot mi-Amy Winehouse évoque plutôt les pin-ups plantureuses et délurées des films de Russ Meyer. Quant au grain rétro de l’image en 16mm, il rappelle le travail fétichiste d’Anna Biller et nous transporte dans une atmosphère de film grindhouse pour drive-in miteux. Rajoutons à cela des échos trash et cul des premiers œuvres d’Almodovar et Greg Araki : tout dans Fucktoys témoigne d’un amour contagieux pour un cinéma marginal et une contre-culture malpolie.

Ici, on jubile intérieurement (de reconnaitre nos propres mauvais gouts) plutôt qu’on ne rit à voit très haute. Le chaos est le maître mot dans le quotidien d’AP, héroïne qui combine une sorte de candeur nunuche avec le fait d’être une travailleuse du sexe SM queer. Le chaos plane également sur la structure du récit. AP a beau filer à bord de sa moto dès les premières scènes, son parcours de rencontre en rencontre avance à un rythme assez répétitif. Les spectateurs francophones ne doivent cependant pas rater le très improbable choix musical qui accompagne le générique de fin. Tout n’est pas très  digeste dans Fucktoys (ce n’était sûrement pas le but), mais un cadeau mal emballé peut rester précieux et attachant.

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par Gregory Coutaut

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