Festival de Karlovy Vary | Critique : Dragonfly

La fragile Elsie, âgée de quatre-vingts ans, et la dynamique Colleen sont séparées non seulement par une cinquantaine d’années, mais aussi par le mur mitoyen de leur maison jumelée dans une petite ville anglaise. Un jour, les deux femmes – par ailleurs habituées à vivre dans la solitude – commencent à remarquer l’existence de l’autre, et une amitié peu commune naît.

Dragonfly
Royaume-Uni, 2025
De Paul Andrew Williams

Durée : 1h38

Sortie : –

Note :

SOINS A DOMICILE

Lorsque débute Dragonfly, il n’y a pas vraiment d’hésitation sur la famille de cinéma à laquelle le relier. Même sans prendre en compte la présence de Brenda Blethyn à l’écran, tout dans la direction artistique (de l’inévitable bouilloire aux joggings moches) traduit le réalisme cher au cinéma social britannique. Elsie et Colleen sont deux effectivement deux protagonistes tout ce qu’il y a de plus réaliste et crédible. La première est une veuve à qui son unique fils préfère envoyer des soigneurs à domicile plutôt que de lui rendre visite, la deuxième est une pupille de la nation sans emploi et sans amis. Leurs deux seuls points communs : leur solitude, et un mur mitoyen.

Le scénario choisit pourtant de ne pas approfondir plus que ça les raisons sociales qui ont poussé ces deux femmes de générations et de milieux différents vers un même isolement. Dragonfly raconte au contraire leur rapprochement imprévu, mais pas sous un angle très chaleureux non plus. Tout a beau commencer par des coups de mains dignes des voisines les plus cordiales (Colleen a beau ne jamais sourire, son désir d’aider Elsie dans ses tâches du quotidien est sincère), quelque chose flotte dans l’air. Colleen est elle complètement tarée ? Sommes-nous en réalité à la croisée du home invasion et du film d’infirmière flippante ?

Oui et non. Sans trop en révéler, ceux qui cherchent dans Dragonfly de sérieux frissons risquent d’être frustrés que le film reste à mi-chemin de sa transition de genre. Certes, le dernier acte est parfois presque filmé comme un thriller et possède même un jump scare très efficace, mais le scénario explicatif et la mise en scène illustrative ne possèdent pas assez de subtilité pour faire naitre à eux seuls un trouble durable, fut-ce celui de l’horreur ou bien du camp ( Dragonfly ne prend pas franchement le virage espéré vers Chroniques d’un Scandale ou Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?). Dans ce film tout public, le trouble existe bel et bien, mais on le doit quasi intégralement aux deux actrices Face à Blethyn, Andrea Riseborough est une nouvelle fois magistrale dans sa manière d’apporter des nuances poignantes à un personnage insaisissable.

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par Gregory Coutaut

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