Au milieu du lac se trouve une île – silencieuse, abandonnée, sans la promesse claire de quoi que ce soit d’inhabituel. Bětka, sa sœur aînée Marie et leur amie Alma passent l’été ici, les jours s’écoulant comme une eau calme. Lorsqu’elles visitent l’île par hasard, le paysage naturel qui les entoure commence à changer – et le paysage émotionnel en elles aussi…
The Other Side of Summer
Tchéquie, 2025
De Vojtěch Strakatý
Durée : 1h25
Sortie : –
Note : ![]()
L’AGE EN SECRET
Tout se déroule dans une forêt européenne en apparence parfaitement normale, le genre d’endroit où des milliers d’adolescents ont passé les mêmes vacances banales à nager dans un lac. Caché dans ces bosquets sans personnalité se cache pourtant un phénomène étrange et discret : une mare de boue à peine plus grande qu’une grosse flaque est en ébullition. S’agit-il d’une source d’eau chaude naturelle ou d’une manifestation fantastique ? Cette boue ne bout pour personne, comme à l’abri des regards. Ou peut-être que non : peut-être ce phénomène ne s’offre qu’aux yeux de certaines jeunes filles.
After Party, le précédent long métrage du cinéaste tchèque Vojtěch Strakatý, racontait déjà un désapprentissage adolescent à travers une protagoniste en rupture avec son escroc de père. Les protagonistes de The Other Side of Summer se trouvent elles aussi à l’âge charnière des premiers pas dans l’âge adulte. Elles ont beau ne pas avoir peur de grand chose (ni de reprendre les mecs sur leur manière de nager, ni d’aller voler l’alcool de maman en cachette), la manière dont elle vont larguer les amarres de leur innocence enfantine va se faire à travers une étonnante métaphore : un grand plongeon pour de vrai, mais dans la boue.
On serait coupable de trop en révéler sur la nature exacte de cette mare comme lieu de passage et transition, mais on ne peut de toute façon pas vraiment dire que Strakatý en révèle beaucoup non plus. Une fois passée une séquence d’introduction dont la structure archétypale est celle de plus d’un film fantastique, The Other Side of Summer choisit au contraire de rester du côté le plus chastement réaliste de la fable, au point qu’on se demande parfois si on n’a pas rêvé les quelques indices surnaturels. L’ensemble pourrait sans doute bénéficier de davantage de mystère, mais il y a un entêtant panache à choisir de tourner joliment autour du pot plutôt que de s’y vautrer de façon trop convenue. Porté par une photo très lumineuse, ce drame onirique de poche possède une drôle de personnalité, et a pour mérite de s’attacher à dépeindre une sororité nuancée sans jamais punir ou iconiser à outrance ses personnages. Un petit film fantastique… plus vrai que vrai.
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par Gregory Coutaut
