Jérémy et Baptiste se rencontrent par pur hasard, mais ils réalisent rapidement qu’ils ont quelque chose en commun : le désir de se sentir bien dans leur peau à nouveau et de trouver une solution à leur calvitie.
Avant/Après
Belgique, 2025
De Manoël Dupont
Durée : 1h20
Sortie : –
Note : ![]()
EFFETS SECONDAIRES
Quel film peut bien se cacher derrière ce titre aussi neutre et factuel qu’un mode d’emploi ? Paradoxalement : tout l’inverse, c’est à dire un film vibrant, touchant et surtout difficile à définir de façon évidente. « Comment me décrirais-tu? » demande l’un des protagonistes à l’autre lors d’une mise à nu vulnérable. Le film entier parait poser la même question à son public, pas dans le sens où il ressemblerait à un rébus complexe à résoudre mais plutôt car il prend la forme d’une singulière et chaleureuse invitation à venir partager des choses intimes, rarement abordées telles quelles dans d’autres films.
Tout débute dans l’habitacle d’une voiture. Deux hommes qui semblent ne pas si bien se connaitre roulent en pleine nuit vers une destination inconnue. Plusieurs interrogations sur le lien qui unit ses personnages et leur identité demeurent délibérément floues (mais juste ce qu’il faut). Le film laisse des points d’interrogation un peu partout, parfois émouvants, parfois nerveux (pourquoi le simple fait de partager un Sundae chez Mcdo devient compliqué ?) ou drôles (pourquoi l’un des deux doit-il s’éclairer au flambeau dans sa propre maison ?).
« Comment me décrirais-tu? » en guise de réponse, le mot chauve pointe rapidement son nez. On découvre que les deux héros ont pour projet commun de se rendre en Turquie pour bénéficier d’une greffe de cheveux. La caméra les suit à la trace, captant au passage à même la rue la réalité du pays qui les entoure (le film a été tourné au moment des élections). Mais cet effet de réel n’est qu’un amuse-bouche par rapport à la manière dont le reste du film se déploie. De rencontres avec des vrais professionnels et authentiques explications scientifiques, les acteurs (qui portent les mêmes noms que leurs personnages) se retrouvent impliqués concrètement et physiquement dans ce qui ressemble de plus en plus à un documentaire, au point de subir réellement ces greffes.
Si grande soit-elle, cette surprise n’est pas l’unique du film. A travers différentes ruptures de tons, de coups de théâtre narratifs et de virages secs et flous entre fiction et réalité, le film bâtit une imprévisible mosaïque de vulnérabilité masculine. Ces deux compères aux yeux mélancoliques, qui ont chacun du mal à s’exprimer dans leur anglais naze, paraissent traverser la vie sans amarres. Avant/Après est à la fois doux/amer et très tendre dans sa manière de raconter le rapprochement intime et inattendu de ces deux hommes. Le film ne ressemble jamais à une histoire d’amour classique et pourtant il parvient à nous briser le cœur sec et le recoller en même temps.
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par Gregory Coutaut
