Festival de Côté Court | Entretien avec Ludovic Béot

Dévoilé en première mondiale au Festival Côté Court où il figure en compétition, Tant que l’on fleurira les tombes est réalisé par le Français Ludovic Béot. Dans ce récit où la parole, les hasards et les ironies évoquent Éric Rohmer, un homme et une femme se promènent ensemble au Père-Lachaise. Le cimetière y est filmé comme un endroit au cœur du monde et à l’abri du monde, et sert de réservoir à histoires entre simple réalisme et suggestion fantastique. Ludovic Béot nous en dit davantage sur ce séduisant court métrage.


Quel a été le point de départ de Tant que l’on fleurira les tombes ?

Le film naît de deux désirs très fort. Le premier de filmer le Père-Lachaise, lieu qui m’est proche et que j’associe, peut être curieusement, à une grande vitalité. Je voulais retranscrire ce territoire comme une jungle au milieu de la ville, un espace de légende et de rencontre.

L’autre envie, c’est de faire jouer deux de mes amis qui ne se connaissaient pas : Clothilde Matta et Quentin Pépion. La première est actrice de formation, le second, n’est pas acteur mais professeur de philosophie, comme son personnage. J’avais l’envie de filmer leur visage, d’enregistrer leur voix, de former ce trio de travail. Dès leur premier contact, il s’est installé quelque chose de très musical entre eux. Ça a été un réel bonheur de travailler ensemble.



Le film ne franchit jamais vraiment la frontière du surnaturel mais il y est quand même beaucoup question de fantômes, quelle place avez-vous souhaité laisser à la dimension fantastique ?

J’avais le souhait d’intégrer le genre fantastique de façon un peu clandestine, par la parole. Je trouve ça toujours très exaltant quand un personnage prend soudain en charge un récit parallèle et ouvre une nouvelle fenêtre de fiction. C’est ce que j’ai essayé de faire ici. Dans ces images, le film est très cartésien. Nous ne verrons jamais rien de surnaturel. Pourtant Lucille nous invite à entrer dans un monde de fantômes et de légendes. Ce qui me plait avec un tel traitement, c’est ce que cela permet de travailler la question de la croyance et de laisser toute la place au. à la spectateur.rice d’y croire ou non.



Dans quelle mesure pourrait-on dire que votre film est, à sa manière, une comédie romantique ?

Oui, j’assume totalement cette filiation. J’avais en tête à l’écriture de mêler le motif du triangle amoureux aux chassés croisés amoureux du théâtre de Marivaux dont l’œuvre a posé les formes primitives de la comédie romantique moderne. Pour moi, le film est une comédie romantique, car, même sans être jamais directement dévoilés, les sentiments amoureux restent le véritable moteur du récit. L’obstination des sentiments, l’aveuglement, les non-dits et désirs refoulés, c’est aussi amusant que passionnant à filmer.



Le lieu joue un rôle important dans votre court métrage, avec ce cimetière qui sert de réservoir à histoires. Comment avez-vous envisagé la mise en scène de ce décor ?

La mise en scène du lieu dans le film repose sur un équilibre. D’un côté, réinvestir toute la charge historique, romanesque et mystique de ce cimetière qui a 300 ans. C’était un véritable privilège d’y tourner mais il ne fallait pas tomber dans l’écueil de la visite guidée. Il fallait casser ce regard trop patrimonial en ajoutant de la légèreté et une certaine désinvolture aux personnages. C’est d’ailleurs ce qui frappe quand on se ballade dans l’enceinte du Père-Lachaise. La plupart des gens sont des visiteurs. L’ambiance est donc étonnement joyeuse et pleine de vie.



Quel est votre film, ou votre séquence de film préféré.e se déroulant dans un cimetière ?

Je trouve intéressants les films qui détournent la fonction première du cimetière pour mettre en scène autre chose qu’un enterrement ou une scène de recueillement. C’est ce que fait Robert Bresson dans la dernière séquence de Le Diable probablement, tournée également au Père-Lachaise. La scène se passe dans la nuit noire, de telle sorte qu’on ne perçoit pas grand-chose du lieu et des motifs habituels d’un cimetière. C’est une scène d’une grande beauté plastique mais absolument terrible car elle met en scène la mort d’un adolescent désillusionné par son époque. Dans un autre registre, il y cette scène inoubliable du shooting photo puis du kidnapping d’Eva Mendes par Denis Lavant dans Holy Motors de Leos Carax.

Entretien réalisé par Nicolas Bardot le 4 juin 2025.

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